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En Vrac 6 novembre 2019

À partir du 5 novembre à 16h47, les Françaises travailleront "gratuitement" jusqu'au 31 décembre. Tel est résultat du calcul réalisé par le collectif Les Glorieuses afin de faire prendre conscience des inégalités salariales qui persistent entre les hommes et les femmes en France.

Bien qu'une part des différences de salaire s'explique par une surreprésentation des femmes dans le secteur des services et parce qu'elles travaillent plus souvent à temps partiel, les inégalités subsistent à poste égal.

Selon les dernières données d'Eurostat publiées par l'Observatoire des inégalités, la différence moyenne de salaire brut entre les hommes et femmes salariés des secteurs de l'industrie, de la construction et des services (hors services publics) s’élevait à 15,4 % en France en 2017.

Loin d’être aussi criantes qu’en République tchèque, Allemagne ou Royaume-Uni, où l'écart avoisine 21 %, ces inégalités de salaires restent tout de même conséquentes. La France pourrait donc être inspirée de prendre exemple sur ses voisins belges et italiens, où l’écart salarial hommes-femmes s’établissait respectivement à 6,0 % et 5,0 % en 2017, soit la plus petite différence de l'UE avec la Roumanie (3,5 %).

Tristan Gaudiaut (Statista)

 

ETAT DES LIEUX DES DISCRIMINATIONS ET DES AGRESSIONS ENVERS LES MUSULMANS DE FRANCE

Les attentats islamistes qui se sont multipliés depuis 2015 et les débats qui ont suivi – comme ceux ayant récemment porté sur la question des « signaux faibles de radicalisation » – ont contribué à renforcer l’amalgame entre musulmans pratiquants et terroristes et plus largement l’hostilité à l’égard des adeptes du Coran : les musulmans étant le groupe ethnico-religieux le moins accepté par les Français après les Roms d’après le dernier baromètre du CNDCH (2018). Au regard du caractère de plus en plus polémique pris par la question de la visibilité de l’Islam dans l’espace public et de la stigmatisation de ces adeptes1, il apparaît donc urgent de donner aux pouvoirs publics comme aux observateurs une idée précise de l’ampleur des discriminations subies en France par les musulmans en raison de leur religion. Or, l’observation des pratiques discriminantes vis-à-vis de cette minorité repose aujourd'hui avant tout sur les témoignages recueillis par les instances de lutte contre la discrimination ou des associations (ex : CFCM, CCIF). Quant aux rares données institutionnelles comme celles du ministère de l’intérieur (SCRT), elles ne peuvent prétendre à en mesurer l’exhaustivité d’autant plus qu’elles n’intègrent pas les discriminations à raison de la religion2. Dans ce cadre, cette étude de victimation réalisée avant les polémiques ayant suivi l’attentat à la préfecture de Paris tente de combler le manque de données faibles et récentes sur l’ampleur des phénomènes racistes et discriminatoires qui affectent les musulmans en raison de leur religion.

LES DIX CHIFFRES CLÉS

1. 42% des musulmans ont déjà été victimes au moins une fois d’une forme de discrimination liée à leur religion. Et pour beaucoup, il ne s’agit pas d’une lointaine expérience mais d’un problème auquel ils ont été récemment confrontés : près d’un musulman sur trois (32%) a vécu au moins une discrimination au cours des cinq dernières années.

2. Ce taux global masque néanmoins des différences notables selon le type de discrimination. Chez ceux ayant vécu ces situations potentiellement discriminantes, la discrimination la plus répandue est celle vécue lors de contrôle des forces de l’ordre (28%), devant celles rencontrées lors de la recherche d’un emploi (24%) ou d’un logement (22%).

3. Loin d’offrir un environnement policé, les services publics constituent aussi des lieux d’exposition aux discriminations si l’on en juge par la proportion de musulmans rapportant avoir vécu des pratiques discriminatoires par les enseignants d’un établissement scolaire (18%), dans une administration publique (15%) ou chez des professionnels de santé (12%).

4. L’analyse détaillée du profil des victimes amène à remettre quelque peu en cause l’idée selon laquelle les discriminations envers les musulmans toucheraient avant tout les jeunes hommes des catégories populaires. Au contraire, ce sont les femmes qui apparaissent plus discriminées que les hommes : 46% l’ont été au cours de leur vie, contre 38% des hommes.

5. Or, cette survictimation féminine – qui se retrouve partout sauf lors des contrôles de police et des entrées en boîte de nuit – est tirée vers le haut par les taux de discriminations records observés chez les femmes voilées (60%, contre 44% des femmes non-voilées et 38% des hommes), ce qui confirme la corrélation entre la visibilité de sa religion et l’exposition à une forme de rejet.

1 cf la tribune parue dans Le Monde du 15 octobre 2019, « Jusqu'où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? ».

2 Les dernières données tendent à montrer une baisse continue des actes anti-musulmans depuis 2015 (100 en 2018, contre 429 en 2015).

   

6. L’évaluation des agressions dont les musulmans peuvent faire l’objet en raison de leur religion montrent aussi qu’elles y sont plus répandues que dans le reste de la population : un quart des musulmans ont été insultés en raison de leur religion (24%) au cours de leur vie, soit une proportion deux fois supérieure à celle observée chez les non-musulmans résidant en France (9%).

7. De même, ils sont 7% à avoir été victimes d’une agression physique à cause de leur religion, contre 3% des non-musulmans. L’exposition à des agressions apparaît là-aussi étroitement corrélée au degré de visibilité de l’Islam : 42% des femmes portant souvent le voile ont déjà été victimes d’une injure liée à la religion, contre 27% des femmes jamais voilées et 19% des hommes.

8. A noter que la comparaison de ces données avec celles observées pour les juifs en 2015 montre que ce n’est pas chez les musulmans que les violences liées à la religion sont les plus répandues, et ceci qu’elles soient de nature verbale (24% chez les musulmans, contre 66% chez les juifs) ou physique (7% chez les musulmans, contre 34% chez les personnes de confession juive).

9. Toutefois, les violences qui affectent la plupart des musulmans ne se réduisent pas au rejet de leur confession mais aussi à d’autres facteurs comme le racisme ou la xénophobie. L’analyse des réponses à l’expérience d’une forme de racisme (tous motifs confondus) montre justement que le rejet dont les populations musulmanes font l’objet en France cumule plusieurs causes.

10. En effet, si la proportion de victimes d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années apparaît deux fois plus élevée chez les musulmans vivant en France (40%) que dans le reste de la population (17%), ces comportements racistes sont, à leurs yeux, à relier autant à leur appartenance religieuse (16%) qu’à leurs origines ethniques (15%).

Au regard de ces résultats, il apparaît que si les discriminations et agressions religieuses subies par les musulmans vivant en France restent au quotidien un phénomène minoritaire, leur ampleur est nettement plus grande que les comportements discriminatoires ou racistes subis par le reste de la population. Par ailleurs, alors que dans la population générale, les discriminations et agressions liées à l'appartenance religieuse semblent marginales au regard des facteurs raciaux ou ethniques, ces résultats montrent bien que les musulmans souffrent, indépendamment d’autres variables comme leur nationalité ou leur couleur de peau, de comportements de rejet spécifiques uniquement imputables à leur confession réelle ou supposée. Cette étude confirme néanmoins la difficulté à isoler chez les musulmans la référence religieuse dans un processus discriminatoire plus large qui combine d’autres variables comme par exemple les origines culturelles, la nationalité ou la couleur de peau. Enfin, ces résultats ne rentrent pas dans les controverses autour de la notion « d’islamophobie » et notamment de son instrumentalisation politique : la notion de « musulmanophobie » nous paraissant à l’Ifop un terme plus approprié pour designer ces formes d’hostilité dans la mesure où elle fait référence au rejet des musulmans en tant qu’individus et non à l’opposition à l’Islam qui, comme tout autre système de pensée, peut être critiqué.

François Kraus, directeur de pôle Politique / Actualités de l’Ifop

POUR LIRE LES RESULTATS ET ANALYSES DE L’ETUDE, CLIQUEZ SUR LE LIEN CI-DESSOUS :

https://jean-jaures.org/nos-productions/etat-des-lieux-des-discriminations-et-des-agressions- racistes-envers-les-musulmans

Méthodologie

Etude de l’Ifop pour la DILCRAH et la Fondation Jean-Jaurès réalisée par téléphone du 26 août au 18 septembre 2019 auprès d’un échantillon de 1 007 personnes, représentatif de la population de confession musulmane âgée de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine.

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