La chloroquine...

Le Docteur Raoult et son équipe auraient-ils trouvé

un médicament miracle contre le Covid-19 ?

 

Ce médicament suscite beaucoup d'espoir depuis que le Pr Didier Raoult, directeur de l'Institut Méditerranée Infection à Marseille, l'a testé au sein de ses services. Après de premiers essais prometteurs menés auprès de 24 patients positifs au Covid-19 à l'hôpital de la Timone à Marseille, l'hydroxychloroquine fait partie des quatre traitements expérimentaux qui seront évalués dans le cadre de l'essai clinique européen. Les premiers tests menés à Marseille avaient été qualifiés de « prometteurs » par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Depuis, les essais concernant l'utilisation de la chloroquine pour soigner des patients atteints du Covid-19 ont été étendus. Alors que l'épidémie de coronavirus s'amplifie chaque jour un peu plus, un médicament prescrit contre le paludisme pourrait s'avérer efficace contre le Covid-19. 

Pourquoi donc n'est-il pas encore largement prescrit ?  Et de quoi s'agit-il exactement ?Pourquoi utiliserait-on la chloroquine maintenant ? C’est ce que nous verrons dans cet article...

 

La chloroquine qu’est-ce que c’est ?

La chloroquine est un traitement, à la base prescrit contre le paludisme. Peu chère et utilisé depuis plusieurs années, cette molécule est commercialisée notamment sous l’appellation de Nivaquine. En France, la molécule a été mise sur le marché en 1949, il s'agit d'un « dérivé de la quinine, un alcaloïde naturel antipaludique extrait de l’écorce du quinquina, un arbuste d’Amérique du Sud, connu pour faire baisser la fièvre. » C'est sous cette dénomination que certains voyageurs la connaissent, puisqu'elle est recommandée lorsqu'on se déplace en zone touchée par le parasite transmis par les moustiques. 

Qui est Didier Raoult ?

Didier Raoult est né le 13 mars 1952 à Dakar au Sénégal. Le père de Didier Raoult est médecin militaire normand, fondateur d'une unité de recherche en nutrition tropicale, et sa mère infirmière bretonne. La famille s'installe à Marseille en 1961. Mauvais élève, Didier Raoult part travailler à 17 ans, pendant deux ans, sur des bateaux. En 1972, il passe un baccalauréat littéraire en candidat libre puis s'inscrit en faculté de médecine car « c’étaient les seules études que son père acceptait de financer » affirme-t-il. Il réussit l'internat et obtient un doctorat. 

Il devient chercheur biologiste et professeur de microbiologie. Médecin de formation, il se spécialise en maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté de médecine de l’université d’Aix-Marseille et à l’IHU Méditerranée infection. Il découvre avec son équipe plus de soixante nouveaux virus dont les Mimivirus (ou virus géants). Il est classé parmi les dix premiers chercheurs français par la revue Nature pour le nombre de ses publications, plus d'un millier à son actif. Grand prix Inserm en 2010 pour l’ensemble de sa carrière, il décrit, avec son équipe marseillaise, des virus complexes.

Par ailleurs, selon la source ISI Web Of Knowledge (base de données bibliographiques universitaire en ligne fournie par l'Institute for Scientific Information), Didier Raoult est le chercheur qui a publié le plus en France (juin 2012). Il est une référence mondiale pour la fièvre Q et la maladie de Whipple. De plus en 2014, toujours selon ISI Web of Knowledge, Didier Raoult est le 7e parmi les microbiologistes du monde les plus mentionnés. Il fait aussi partie de la liste des 400 auteurs les plus reconnus dans l'univers biomédical. Il est l'un des chercheurs français les plus cités, avec de nombreuses publications scientifiques à son actif. Marié en 1982 avec Natacha Caïn, psychiatre, il est père de deux enfants.

 

Electron libre

Considéré dans la médecine comme anticonformiste, parfois provocateur, toujours déterminé, la crise du coronavirus le met désormais à l’avant-scène, surtout quand il tient les propos suivants : « Nous estimons avoir trouvé un traitement », a-t-il affirmé ce dimanche dans les médias, soulevant tout à la fois de l’enthousiasme et de la méfiance, depuis qu’il prône l’emploi d’hydroxychloroquine pour traiter les victimes du Covid-19. Et bouscule les protocoles d’essais cliniques habituels en brandissant sa « liberté de prescrire », brisant ainsi les conventions.

Cheveux longs et barbe abondante, Didier Raoult ne craint pas les poses de pacha dans son fauteuil, les leçons sur YouTube, ou les affirmations définitives : « J’ai produit plus de données en maladies infectieuses que n’importe qui au monde. » Ce n’est pas forcément la modestie qui l’étouffe, jugent certains de ses confrères, dans un milieu scientifique où les « atypiques » sont rarement bien vu !

Mais pour l’heure qu'en est-il de ce médicament qu’il met en avant qui soignerait et guérirait les individus atteint du coronavirus ? 

 

Des essais cliniques nécessaires pour utiliser ce médicament !

Après avoir testé la chloroquine à l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille, le professeur Didier Raoult a réclamé l'extension des essais en France, espérant que ces nouveaux essais «permettront de conforter les résultats intéressants obtenus ».

En France, c'est le 25 février dernier qu'on entend parler de la chloroquine comme médicaments contre la lutte du coronavirus. Annonçant un « scoop de dernière minute » dans une vidéo, Didier Raoult, annonce la « fin pour le coronavirus ». « Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l'évaluation clinique faite en Chine l'a confirmé », lance le directeur devant son auditoire de l'Institut Méditerranée Infection. Réjoui, il décrit ces conclusions comme une « extraordinaire nouvelle », étant donné que « ce traitement ne coûte rien ». « Finalement, cette infection est peut-être la plus simple et la moins chère à soigner de toutes les infections virales ! »La chloroquine améliore l’état des poumons, utilisée contre le paludisme, elle pourrait aider l’organisme d’un patient malade à combattre le coronavirus. En Chine, un essai clinique a été réalisé sur 100 malades atteints du coronavirus et les résultats sont efficaces selon les chercheurs. Une dose quotidienne de 500 MG de Chloroquine pendant dix jours serait suffisante pour guérir les patients. 

Mais certains médecins restent encore sceptiques avant de nouveaux tests cliniques, c’est le cas du Dr Olivier Bouchaud-chef de service des maladies infectueuses-Hopital Avicenne qui affirme «  qu’ on ne peut pas faire des essais comme ça, sans aucun préalable, même si le chloroquine est un médicament qu’on connait bien et pour lequel on a un recul très important puisqu’on l’utilise depuis maintenant des années, néanmoins on ne peut pas improviser comme ça son utilisation, sans avoir regardé les tenants et aboutissants ». Pourtant peu chère, une pilule de chloroquine coûte environ, dix centimes.

Le ministre de la santé Olivier Véran, a demandé que des tests soient réalisés en France. Mais ce médicament fait débat car même s'il est l'un des onze membres du conseil scientifique auprès du gouvernement français, cela n'empêche pas Didier Raoult d'être la cible de nombreuses critiques. Notamment de la part de FakeMed, un collectif de scientifiques en lutte contre les fausses informations dans le domaine de la santé, qui, en février, mettait en garde contre les effets indésirables de ce médicament. Mais l'intéressé s'en moque. Décrivant ses accusateurs comme des « petits marquis parisiens », il se félicite même d'avoir été au cœur d'une vidéo l'accusant de diffuser des « fake news ». Et proclame « Cette vidéo a été vue 450.000 fois sur Facebook, ça m'a fait une publicité considérable, qu'ils continuent à dire des horreurs comme ça ! »

Pourquoi c'est prometteur selon le professeur Didier Raoult ?

Pas découragé, mais semblant plus obstiné que jamais, le Pr Raoult a dirigé une expérimentation à l'hôpital de la Timone sur 24 patients atteints du Covid-19. 

Un test dont les résultats étaient spectaculaires. « Au bout de six jours, aucun d'entre eux n'avait le virus détectable », nous a expliqué Philippe Parola, chef du service des maladies infectieuses à l'IHU Méditerranée infection ce qui signifie que les patients n'étaient « plus contagieux et n'avaient plus de fièvre ». Des essais cliniques décrits comme « prometteurs » par le gouvernement le mardi 17 mars 2020 dernier.

 

Et aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, Donald Trump, le président, veut y croire. « On n'a rien à perdre », a-t-il lancé lors d'une conférence de presse. Le président américain a lui-même salué les travaux du chercheur français, vantant une nouvelle « très excitante ». « Je pense d'après ce que j'ai vu, cela pourrait changer la donne, en plus ce médicament serait disponible quasiment immédiatement ».

Un enthousiasme qu'est venu tempérer la Food and Drug Administration (FDA). Cet organisme fédéral, qui supervise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, a notamment souligné que le traitement n'avait pas été approuvé contre la pandémie. Cependant, elle va mettre en place « un essai clinique étendu », a expliqué Stephen Hahn, son dirigeant.

Toutefois, plusieurs experts ont depuis appelé à la prudence face à l'absence d'études plus poussées et en raison de ses effets indésirables qui peuvent être graves, notamment en cas de surdosage.

 

Pourquoi c'est controversé ?

« Aujourd'hui, la communauté scientifique n'est pas très convaincue », pour réutiliser les mots de Jérôme Salomon, le mercredi 26 février 2020. Plusieurs experts appellent en effet à la prudence en l'absence d'études plus poussées et en raison de ses effets indésirables. Le consultant santé de TF1 et LCI Gérald Kierzek rappelait par exemple que ce médicament n'était pas sans effets secondaires. « Ne vous précipitez pas sur la chloroquine, il faut attendre d'autres tests », conseillait le médecin urgentiste. 

Jean-Paul Giroud, l'un des spécialistes les plus reconnus en pharmacologie et membre de l'Académie nationale de Médecine, en citait quelques-uns : « Affections du système immunitaire, affections gastro-intestinales, nausées, vomissements, des troubles au niveau hépatique voire hématologique. » Même avis du côté de François Maignen, docteur en pharmacie et spécialiste de santé publique. Interrogé par l'AFP, il notait que cette molécule pouvait être « très dangereuse en cas de surdosage ». « Il faut être extrêmement circonspect et prudent ! »

 

Marseille, belle et rebelle

A Marseille, des centaines de personnes viennent se tester chez le professeur Raoult. Malgré les consignes nationales, l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection assure le dépistage de toutes les personnes qui s'y présentent. Le fait qu'il soit possible de se faire tester directement ici a été évoqué sur les réseaux sociaux. Les individus se sont donc rués vers ce lieu, ce lundi 23 mars 2020 pourtant, dans un communiqué, l'Agence régionale de santé n’a pas omis de rappeler « qu’en phase épidémique, le principe est de ne plus tester systématiquement » et aussi de rester confiner. Mais en cas de symptômes apparents et de suspicion de covid-19, il est recommandé de téléphoner à son médecin traitant, qui lui prendra les mesures nécessaires.

Cependant une file d’attente se prolongeait sans fin, les distances de sécurité étaient globalement respectées. Mais cette foule n’a pas fait plaisir à tout le monde. Et notamment pas au professeur Jérôme Salomon directeur général de la Santé (DGS) qui a affirmé, « Ce qui compte aujourd'hui, (...) c'est qu'on produise tous, tous ensemble, des connaissances scientifiques en urgence dans des bonnes conditions pour que très rapidement les solutions apparaissent, qu'elles soient négatives ou positives ».

Vieux, jeunes, en bonne santé visiblement pour certains, plus fragiles pour d'autres : face au coronavirus, cette longue file s’étirait devant l'IHU Méditerranée Infection, pôle d'expertise marseillais sur les maladies infectieuses, pour se faire tester par les équipes du professeur Didier Raoult.

Dans ces locaux très modernes, au sein de l'hôpital de La Timone, tout le monde est accueilli. Pas question d'appliquer les consignes nationales réservant ces tests aux personnels médicaux et aux personnes fragiles. Certains sont là depuis 06h00 du matin, comme cet homme de quarante ans, venu de Montpellier « pour être tranquille ». Il a expliqué que le test est très rapide : « une touillette dans le nez et c'est fini ! On sera contacté dans 48 heures par téléphone si on est positif ».

Comme lui, la plupart des gens se sont déplacés, et attendent dans le silence, tous, quasiment masqués. En milieu de matinée, ils étaient environ 300, selon un journaliste de l'AFP L’agence France-Presse. Aux grilles du bâtiment, une banderole a été accrochée, rendant notamment «hommage au Dr Razafindranazy », ce médecin de Compiègne (Oise) décédé de ce nouveau coronavirus : « Soutien à la famille, soutien au professeur Raoult, aux personnels soignants et ambulanciers », évoque ce texte. 

 

 


Testée en Chine, approuvée à Marseille, regardée avec méfiance par les autorités... Ces derniers jours, la chloroquine est le sujet sur toutes les lèvres. Et pour cause, derrière ce traitement contre le paludisme se cache peut-être celui contre le coronavirus. C'est en tout cas ce qu'avance Didier Raoult, le directeur de l'Institut Méditerranée Infection à Marseille. Problème : son test, réalisé seulement sur 24 patients, est critiqué par certains experts. Critiqué, oui, mais observé de près. Aussi bien que dimanche 22 mars 2020, Olivier Véran a annoncé que ce traitement fera partie d'un vaste essai clinique au niveau européen. Affaire donc à suivre…

 

Mais pour le moment, dans l’attente que d’autres tests soient réalisés, soyons patients et, afin de soutenir tous ces Hommes et Femmes qui se battent pour sauver des vies, un mot d’ordre reste le même depuis maintenant une bonne semaine « restez chez vous ».

 

Le temps de lire...

Mieux vaut guérir que prédire, Didier Raoult, Broché, 2017.

Un livre lucide mais mesuré, qui au final propage un optimisme raisonnable et apaise le stress ambiant, la peur étant assurément la plus grande maladie du siècle.

Chloroquine, le professeur Didier Raoult publie un livre : la revue de presse des territoires.

13 € environ format Kindle 

 

 

Doris Mandouélé

Le 24 mars 2020