Avez-vous écouté le dernier morceau de Princess Erika ? En duo avec Diana King, elles nous livrent un single et son clip, engagés pour l’amour… L’amour illimité. 

 

Alors qu'elle répond nos questions, Princess Erika est dans la douleur et la colère, son fils Oudima s'est fait violemment agressé. Nous leur adressons tout notre soutien

 

Diana King, oui la dame qui chante « shy Guy »! Et notre Princess ragga-reggae, « Faut qu’j’travaille », « Trop de bla bla » s’engagent en chanson. Si on peut parler d’engagement puisque les deux artistes sont ainsi naturellement. Il est ici question d’accepter et surtout d’aimer l’autre comme une mère aime ses enfants, sans condition, tel quel ! Ce message réunit deux artistes, deux femmes, deux mamans d’enfants atteints de maladie psychique, deux pays la France pour Princesse Erika et les Etats-Unis pour Diana. Toutes deux craignent pour l’amour, la liberté et ce titre tire la sonnette d’alarme tout en nous faisant balancer la tête, les épaules et le popotin! L’occasion de donner à nouveau la parole à Princesse Erika sur son engagement et de revenir avec elle sur ce qu’elle me confiait il y a quelques années lors d’un interview Parole de Maman. 

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Rencontre musicale

Elles ont partagé le même producteur, Andy Marvel pour « Faut qu’j’travaille » et « Shy guy» pour deux tubes qu’on a toujours plaisir à écouter et à fredonner. Il y a des titres comme ça, qui ne vous sortent pas de la tête et tant mieux ! Mais revenons-en à Diana King et Princess Erika qui se sont rencontrées brièvement à la fin des années 90 dans un camion-loge parisien après un concert sur la Place de la République. 

En 2013, elles se retrouvent et discutent sur Skype. L’envie d’interpréter et reproduire une chanson entre femmes les prend. Diana King vit à Miami et vient de faire son coming out. Elle explique à Princess Erika à quel point cela est difficile pour une femme noir jamaïcaine d’en parler. Princess Erika, quant à elle, lui fait part des oppositions qui déchirent la France, au même moment, suite à la loi sur le mariage pour tous. 

Les deux femmes sont d’autant plus proches qu’elles sont toutes deux mamans d’enfants atteints de maladie psychique. De leurs échanges naît « l’amour illimité » et ce n’est pas qu’un titre ! Avant de devenir cet entraînant morceau clip à l’iPhone 10 par la réalisatrice Nalini Cazaux, Princess Erika et Diana King s’envoient des fichiers, des voix, des guitares, des claviers enregistrés entre Paris et Miami. Elles mixent, remixent éditent et réalisent ce titre « l’Amour illimité ». Il célèbre l’énergie vitale de deux artistes réunies. Les images urbaines et colorées du clip lui vont parfaitement. Le message passe, tranquillement ! 

Interview Princess Erika 

Rebellissime : Pourquoi est-ce important de s'engager ainsi à travers la musique ? 

Princess Erika : "Oui pour moi qui suis artiste/musicienne et dont le mode d’expression est la musique, c’est essentiel !"

Rebellissime : Quel regard portez-vous sur l'évolution des politiques sur ces questions ? 

Princess Erika  : "Je pense que les politiques utilisent souvent les questions LGBT pour embellir (ou noircir) leurs discours. Pour moi l’acceptation de la différence passe par l’éducation et c’est un devoir humaniste. On a tendance à attendre de la gauche de la bienveillance sur ces questions et du rejet de la part des partis de droite. J’ai constaté que ce n’est pas aussi binaire. 

Rebellissime : Il y a beaucoup de femmes dans votre clip, moins d'hommes, l’amour illimité est-il plus un combat de femmes ?

Princess Erika: "Non !! Nous voulions représenter toutes les formes d’amour dans ce clip, entre les femmes et les hommes, les femmes et les femmes, la famille, les enfants, la musique, les animaux !! Le combat de l’amour illimité est universel !!"

Rebellissime : Comment éduquez-vous vos enfants sur ces sujets ? 

Princess Erika : "Je leur dis que nous sommes tous différents, Je prends exemple sur nous, c’est à dire eux et moi : il y a plein de choses qui nous séparent et nous cherchons toujours un terrain d’entente. Dans la vie c’est la même chose. Mais en revanche, quand quelqu’un utilise sa différence pour se victimiser ou créer un faux problème, je leur conseille de dénoncer la manipulation comme je le fais moi-même. Je déteste ça !!"

Rebellissime : Quel regard portez-vous sur le vivre ensemble en France ?

Princess Erika : "Je n’aime pas trop ce terme car nous vivons ensemble en France, mais comment ? Nous ne sommes en aucun cas obligés de côtoyer des gens qui nous déplaisent, mais nous avons l’obligation de respecter leurs différences. Je trouve que le communautarisme fait beaucoup de mal en France ! Moi je suis universaliste !!"

 Question Rebellissime :  Qui est votre rebelle préféré et pourquoi ?

Princess Erika : "A 13 ans je répondais David Bowie parce que je trouvais sa proposition artistique tellement pertinente et libre !

A 20 ans je répondais Bob Marley car je le trouvais militant et subversif !!

A 30 ans je répondais Zora Neale Hurston car en racontant l’histoire folklorique des Afro descendants américains elle leur redonnait une identité

Aujourd’hui à 50 ans je réponds Anémone : c’était une super comédienne qui se fichait du show-bizz et de l’argent mais avait des positions très tranchées, une femme qui ne voulait pas forcément être mère et qui ne se gênait pas pour le dire !! Elle cassait les codes.

Une vraie rebelle !!"

Rebellissime :  Quel message pour les parents d'enfants atteints de maladies psychiques ?

Princess Erika : "C’est un combat, c’est dur et c’est pour la vie. Il faut apprendre  le plus vite possible à vivre avec, accepter la maladie. Une fois que les parents sont ok les enfants suivent.

Au début mon fils ne voulait surtout pas que je le vois comme un handicapé il voulait être « normal » et je refusais la maladie pour ne pas le plomber, et bien c’est au contraire en l’acceptant  et en acceptant de nous faire aider que nous avons pu avancer". 

Princess Erika, parole de maman, on en reparle ! 

Rebellissime : Il y a quelques années, vous répondiez à mes questions Paroles de Maman, Oudima avait 2 ans, Julien 19 ans. Aujourd'hui comment définiriez vous votre vie de maman d'un ado et d'un adulte ?

Princess Erika : "Je dirai que j’ai plus de conflits avec Oudima maintenant car nous sommes en opposition hormonale (lol) et c’est normal !! Avec Julien c’est toujours difficile car nous nous battons contre la maladie, mais il est de plus en plus autonome même s'il y a des hauts et des bas".

Rebellissime : A la question quel est votre rêve de maman, vous me répondiez "Qu'ils attrapent le bonheur et qu'ils en mangent ! " et aujourd'hui ?

Princess Erika : "Ah ben j’avais bien répondu !! Aujourd’hui je suis plus perplexe sur la capacité d’être heureux, mais je leur souhaite encore d’attraper du bonheur tant qu’ils peuvent dans ce monde si grave".

 

Princess Erika, Virginie Legourd 

 

Le 2 juillet 2019