Doris Mandouélé: l’institutrice qui fait de sa vie un roman


Doris Mandouélé, institutrice, sociologue, auteure, romancière nous présente son nouveau projet d’atelier d’écriture.
Doris a grandi entre deux rives, congolaise par son père, guadeloupéenne par sa mère… Et pourtant et c’est sur un fleuve de Guyane, à des milliers de kilomètres de l’une comme de l’autre, que notre Doris Mandouélé a trouvé le fil de son histoire. Professeure des écoles, sociologues et même journaliste pour Rebellissime… La voilà devenue romancière et chargée de communication pour deux communes guyanaises. Ses projets ? Elle prépare aujourd’hui le lancement d’ateliers d’écriture pour enfants. Portrait d’une femme (Rebellissime) qui a suivi sa petite voix intérieure, envers et contre les mises en garde… Pour le bonheur de tous pace qu’elle diffuse, transmet sa passion et toute sa positivité !
Un détour par Grand Santi
Tout commence par un hasard qui n’en a plus l’air, avec le recul. En 2013, Doris Mandouélé rentre de Brazzaville, où elle a enseigné trois ans. Elle se cherche un ailleurs, on dirait. Pas envie de retrouver la métropole, alors elle tente la Guyane. Comme ça, par « hasard », voilà notre jeune enseignante découvrant un territoire isolé, Grand Santi, sur le fleuve Maroni.
C’est encore par « hasard », que Doris Mandouélé rencontre ces communautés, descendantes de marrons. Jusque là, elle ignorait tout l’une de l’autre.
Ce qu’elle y trouve la bouleverse. Une manière d’assumer pleinement son héritage, sans la pudeur ou la gêne que notre enseignante sociologue a pu observer ailleurs. Les rites funéraires, les cérémonies de passage à l’âge adulte, les traditions de mariage. « Rien n’est caché, tout se raconte, se transmet, s’affiche. Une évidence tranquille qui« , dit-elle « tranche avec le rapport parfois plus douloureux que j’avais pu observer aux Antilles à l’égard des racines africaines ».
Elle qui n’était jamais allée en Guyane avant d’y être « envoyée » y retrouve, sans l’avoir cherché, un écho de ses origines congolaises. Comme un chemin tracé à son insu.
De ce séjour naît aussi une carrière parallèle. Au fil de ses rencontres, sa grande faculté d’écoute, son réel intérêt pour son environnement, pour les autres la conduisent à mettre en avant les évènements, l’actualité de deux communes du Maroni, Grand Santi et Papaïchton. « C’est le bouche-à-oreille qui », dit-elle, « fait tourner la Guyane comme il fait tourner tant d’autres territoires ». Elle rédige des articles, prépare des discours pour les maires, couvre la vie des communes. Les deux mairies ont été réélues, ses contrats ont suivi. Une stabilité rare, dont on est tellement fières pour elle.
Parce que Doris ne fait pas partie de ces personnes qui se la racontent, totalement autocentrées. Elle observe, elle écoute en vrai. Parfois elle n’ose pas, hésite, alors que c’est une évidence pour tous. Son talent d’écriture, la sonorité comme moteur. C’est tellement juste, tellement elle, tellement inscrit dans l’ère du temps et le novera cycle de l’humanité qui se joue.

De cette expérience nait son premier roman. Dans Une sœur au bout du fleuve, récit autobiographique, elle s’autorise, pour la première fois, à raconter. Et là, il n’est plus question de sociologie ni de poésie. Voilà que Doris nous raconte une histoire, la sienne, romancée. Elle y campe une galerie de personnages presque exclusivement féminins : Samantha et Apolla, ses sœurs de cœur. L’une tient un petit commerce de restauration. C’est Marie, figure respectée de Grand Santi. Et puis il y a Kinda, petite fille sorcière qui n’est autre que le double fantasmé de l’auteure enfant.
Le livre est traversé par une sororité qu’elle décrit comme centrale dans son expérience guyanaise. La femme y occupe une place de force reconnue. Elle donne la vie, même sans enfant biologique. Elle se voit confier celui d’un proche et continue d’être honorée comme telle. Un rapport au féminin qu’elle relie, sans forcer le trait, aux mouvements actuels de prise de conscience en métropole sur la place laissée aux femmes.
La maîtresse qui sommeille en Doris Mandouélé depuis l’enfance
Doris joue à la maîtresse depuis qu’elle sait parler. Devant sa résidence, avec ses poupées, cahier et crayon en main, la petite fille enseigne. C’est comme une évidence ! Elle y voit aujourd’hui l’origine d’un goût de la transmission. « Ce goût, je le tiens aussi, de ma mère, passionnée de français et de dissertations. Toute jeune déjà , on venait déjà me commander des dissertations ! «
C’est ce goût qu’elle s’apprête à remettre au centre de sa vie professionnelle. De retour en métropole, Doris nous présente avec passion son nouveau projet. Il s’agit du lancement en septembre 2026 d’ateliers d’écriture en ligne. Ces ateliers à distance, ouverts aux enfant du monde entier ( 6-18 ans), se répartissent par tranches d’âge.
Douze élèves maximum, une séance hebdomadaire à 25 euros de l’heure. Trois jours de découverte gratuits, diplôme et petit livret à la clé. « Une manière », explique-t-elle, « de rendre accessible l’apprentissage du français à des enfants dispersés entre la France, l’Afrique et les territoires ultramarins. Faire dialoguer, par écrans interposés, l’enfant de Paris qui prend le métro et celui de Grand Santi qui va à l’école en pirogue« . On la reconnaît bien là notre Doris.
Face à l’intelligence artificielle, Doris Mandouélé refuse autant la panique que le déni. « Pour moi, l’IA représente un outil, pas une menace. Un outil, à condition que l’enfant ait d’abord essayé seul avant de s’en remettre à la machine ». Transmettre, donner les clés… Doris Mandouélé !
« Ma mère ! » répond sans hésitation Doris. Elle ne varie pas : « c’est sa mère, toujours. Celle qui aujourd’hui, à quatre-vingts ans, me voit enfin vivre de ma plume et me dit sa fierté. Après des années où rien ne semblait vouloir décoller. Je me souviens aussi d’un conseiller Pôle Emploi qui, un jour, m’avait mise en garde. Vouloir devenir écrivaine, c’était possible, mais j’allais « vraiment galérer ». J’aimerais bien le recroiser aujourd’hui. Pour lui dire que, oui j’ai galéré, mais que oui ce chemin m’a permis d’y arriver« .
