13 octobre 2026 — Grève mondiale des femmes : et si, pour une fois, nous arrêtions de faire tourner le monde ?

171 ans ! Non, ce n’est pas une peine de prison. Ni la durée des travaux d’une ligne de métro. Encore moins le temps nécessaire pour résoudre une équation scientifique. C’est le délai avancé pour parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes à l’échelle mondiale. 171 ans. Vous avez bien lu. Autrement dit, nos filles, nos petites-filles et peut-être même leurs petites-filles pourraient encore attendre.

Et nous ? Nous serons mortes depuis longtemps. Alors, ce mardi 13 octobre 2026, des femmes du monde entier sont appelées à faire grève. Pas seulement de leur travail salarié. Mais aussi de ce travail invisible, gratuit, quotidien, que l’on appelle si joliment les « tâches domestiques », la « charge mentale », le « soin aux autres ».

Tout ce que l’on fait sans compter. Ce qui ne figure pas sur une fiche de paie. Tout ce qui permet pourtant à la société de fonctionner.

Hé les femmes ? Et si nous arrêtions ? Vraiment ?

Plus de repas préparés. Ne linge lavé. Plus de rendez-vous médicaux organisés non plus. Encore moinsde devoirs supervisés. Plus de courses anticipées. fini les petits arrangements pour que tout le monde puisse continuer sa journée tranquillement. Une journée sans ce travail-là. Juste pour voir.

Attention, je ne dis pas que c’st simple, on va lutter contre nos habitudes, nos cultures, parfois même notre instinct, ou ce qu’on pense être notre instinct !

En France, l’égalité est une grande cause. Depuis neuf ans !

Souvenez-vous… En novembre 2017, Emmanuel Macron faisait de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause de son quinquennat. En 2022, rebelote ! La grande cause est reconduite. Le 8 mars 2023, le gouvernement présente son plan interministériel pour l’égalité 2023-2027. Il comprends plus de 160 mesures, quatre axes, de la lutte contre les violences à l’égalité professionnelle, en passant par la santé et l’éducation.

Beaucoup d’annonces. Quelques lois. Des dispositifs. De-ci delà des campagnes.

Et des avancées, oui. Il faut aussi les reconnaître. Mais les chiffres ? Selon les données de l’Insee portant sur 2024, dans le secteur privé, le revenu salarial annuel moyen des femmes reste inférieur de 21,8 % à celui des hommes. À temps de travail identique, l’écart moyen atteint encore 14 %.

Certes, cet écart diminue depuis plusieurs décennies. Mais pourquoi faut-il tant de temps pour corriger une injustice aussi ancienne ? Et pourquoi les femmes restent-elles si peu représentées parmi les salariés les mieux rémunérés ?

Le problème ne se résume pas à payer différemment deux personnes occupant le même poste. Il concerne aussi l’accès aux responsabilités, les carrières interrompues, les métiers sous-valorisés et les temps partiels. Autrement dit, toute l’organisation économique et sociale.

Une grande cause nationale devrait-elle se mesurer au nombre de mesures annoncées ou aux inégalités effectivement réduites ?

Travailler, élever, soigner, organiser… et recommencer !

Il y a quelque chose de fascinant dans notre manière de comptabiliser le travail. Lorsqu’une femme s’occupe d’un enfant, d’un parent âgé, d’un conjoint malade, d’un foyer, cela relève de la sphère privée. Mais lorsqu’une ou un  professionnel accomplit certaines de ces mêmes tâches, cela devient une activité économique rémunérée. Le geste n’a pas changé. Sa reconnaissance, si.

Et voilà comment nous avons construit une société dans laquelle une partie du travail indispensable à la vie collective reste invisible dans les comptes de la production économique. Ce travail a pourtant un coût : du temps, de l’énergie, des opportunités professionnelles abandonnées, parfois une autonomie financière réduite.

Infographie parité article grève mondiale des femmes

Qui paie cette facture ?Trop souvent, les femmes.

Et l’on voudrait ensuite nous expliquer qu’il faut travailler davantage, cotiser plus longtemps et accepter des retraites plus faibles au nom des équilibres économiques. Mais où sont comptabilisées toutes ces années passées à faire fonctionner gratuitement le quotidien ?

Le travail gratuit des femmes : et si on présentait enfin la facture ?

Et si, pour une fois, on sortait la calculatrice ?

Combien coûterait une journée sans les femmes ? Sans celles qui travaillent dans les entreprises, les hôpitaux, les écoles, les commerces, mais aussi sans celles qui, une fois leur journée professionnelle terminée, en commencent une deuxième à la maison ?

Qui prépare les repas ? Qui organise les rendez-vous médicaux, s’occupe des enfants, accompagne les parents vieillissants, anticipe les courses, les vacances, les anniversaires et les urgences ? Qui pense à tout ce à quoi les autres n’ont même pas besoin de penser ?Tout cela prend du temps. Beaucoup de temps. Mais comme ce travail ne donne généralement lieu à aucune rémunération, il échappe largement aux indicateurs économiques habituels.

Et le plus étonnant, c’est que même lorsqu’une femme gagne davantage que son conjoint, elle n’est pas nécessairement libérée de cette deuxième journée !

Une étude scientifique relayée le 29 mai 2026 par NEOMA Business School, publiée dans le Journal of Organizational Behavior et codirigée par la chercheuse Hyejin Yu, s’appuie sur le suivi de 7 252 couples hétérosexuels pendant plus de vingt ans. Selon les résultats présentés par l’école, même lorsqu’elles apportent la plus grande part des revenus du foyer, les femmes consacrent en moyenne 14 heures par semaine aux tâches ménagères routinières, contre 6 heures pour leur partenaire..

Huit heures de différence ! Une journée de travail supplémentaire chaque semaine. Gratuite. Sans fiche de paie. Sans cotisations. Sans droits à la retraite directement acquis pour ces heures.

Les chercheurs étudient notamment un mécanisme appelé « doing gender ». le maintien, voire le renforcement, de comportements domestiques traditionnellement associés au féminin lorsque les revenus du couple bousculent les rôles habituels.Autrement dit, même lorsque les femmes gagnent la bataille du salaire, elles ne gagnent pas automatiquement celle du partage des tâches ! Alors, imaginons une véritable journée de grève. Plus de travail salarié. Mais plus non plus de travail domestique gratuit.

Combien faudrait-il payer pour remplacer tout ce travail ? Et combien notre économie économise-t-elle chaque jour grâce à lui ?

Voilà une question qui mériterait de figurer dans tous les débats sur le travail, les salaires, les retraites et les finances publiques. Parce qu’avant de nous demander de travailler plus, peut-être faudrait-il commencer par compter tout ce que nous faisons déjà.

Nos corps, nos vies… et notre patience

L’égalité ne se joue pas uniquement dans l’entreprise. Elle se joue aussi dans les cabinets médicaux, les maternités, les services d’urgence, les commissariats et les tribunaux. Lorsqu’une femme souffre, est-elle entendue ? Lorsqu’elle décrit des douleurs gynécologiques, combien de temps faut-il pour identifier leur cause ? Lorsqu’elle dénonce des violences, quels moyens concrets lui permettent de se protéger ? Ce ne sont pas des questions périphériques. Ce sont des questions d’égalité

10 ans d’engagement pour les femmes 

Reb Parité La maison des femmes fête ses  10  ans

En septembre 2026, la Maison des femmes de Saint-Denis célébrait ses dix ans

Créée en 2016 à l’initiative de la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem, cette structure pionnière propose aux femmes victimes de violences une prise en charge associant soins médicaux, soutien psychologique, accompagnement social et juridique. Selon un communiqué de la Région Île-de-France daté du 2 septembre 2026, le modèle a essaimé. 31 Maisons des femmes accueillent et accompagnent désormais 17 000 patientes chaque année, y compris dans les Outre-mer. C’est fou ! on aimerait que de tels lieux n’aient pas à exister. Mais on ne peut que se réjouir de leur souhaiter un bel anniversaire. un clin d’oeil au film éponyme. Karin Viard, Lætitia Dosch, Eye Haïdara incarnent des héroïnes du quotidien. On plonge vraiment !

Une avancée concrète, incontestablement. Mais qui soulève aussi une question : pourquoi faut-il encore créer des dispositifs spécifiques pour permettre aux femmes d’accéder à une protection et à un accompagnement adaptés ? Parce que l’égalité ne consiste pas seulement à inscrire des droits dans les textes. Elle consiste à donner à chacune les moyens réels de les exercer.

 

Faire grève de l’invisible

En 1975, les Islandaises ont montré la force d’une mobilisation collective en interrompant massivement leurs activités professionnelles et domestiques.

Cinquante et un ans plus tard, l’idée résonne toujours. Ce 13 octobre 2026, l’appel mondial à la grève des femmes remet une question essentielle au centre du débat : que se passerait-il si les femmes cessaient, pendant vingt-quatre heures, d’accomplir tout ce qui est habituellement attendu d’elles ?

Certaines pourront faire grève. D’autres non.

Parce qu’elles n’en ont pas les moyens, parce qu’elles travaillent dans des secteurs essentiels, parce qu’elles élèvent seules leurs enfants ou prennent soin de proches dépendants. Et cette impossibilité de s’arrêter dit elle aussi quelque chose de nos inégalités.

Il ne s’agit pas de dresser les femmes contre les hommes.Il s’agit de remettre en question un système dans lequel les droits proclamés ne suffisent toujours pas à garantir une égalité vécue.

On nous dit de patienter. Que les mentalités évoluent. On nous dit que les lois progressent. Que les écarts se réduisent. On nous dit aussi que les prochaines générations feront mieux. Très bien! Mais depuis quand l’égalité est-elle un objectif facultatif, que l’on pourrait atteindre tranquillement, au fil des siècles ? Pourquoi ce qui serait jugé inacceptable dans d’autres domaines devrait-il être considéré comme une transition normale lorsqu’il s’agit des femmes ? Et surtout, pourquoi faudrait-il que nous nous réjouissions de chaque petit progrès sans jamais interroger la lenteur du changement ?

Ce mardi 13 octobre, je n’ai pas envie de célébrer la patience des femmes.

J’ai envie de célébrer leur colère, leur intelligence, leur solidarité, leur humour, leur créativité et leur capacité à dire :  ça suffit ! Peace and love, oui. Mais peace and love ne signifie pas silence et résignation. Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons que l’égalité cesse d’être une promesse pour devenir une réalité.

Sources documentaires

– **Insee** — Écarts de rémunération entre les femmes et les hommes dans le secteur privé, données 2024. – **Présidence de la République** — Égalité femmes-hommes, grande cause des quinquennats 2017-2022 et 2022-2027. – **Ministère chargé de l’Égalité** — Plan interministériel « Toutes et tous égaux », 2023-2027. – NEOMA Business School, communiqué du 29 mai 2026 — Étude codirigée par Hyejin Yu, publiée dans le *Journal of Organizational Behavior*. – **Région Île-de-France**, communiqué du 2 septembre 2026 — Dix ans de la Maison des femmes de Saint-Denis. – **World with Women** — Appel à la mobilisation du 13 octobre 2026.