C’est la rentrée et des milliers d’enfants se retrouvent sans mode de scolarisation adaptée. Selon l’Unapei, la situation est alarmante pour plus de 7000 familles. Découvrez le témoignage de Sonia Ahehehinnou, vice présidente de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis. 

Cette année encore, des milliers d’enfants en situation de handicap ne feront pas leur rentrée comme les autres. Pire : certains ne la feront pas du tout. Et pour la 7e année consécutive, l’Unapei relance #JaiPasEcole et révèle une réalité chiffrée saisissante, issue d’une enquête menée auprès de plus de 3600 enfants accompagnés par le réseau. Les témoignages affluent sur www.marentree.org.

Rebel Unapei Girl Helping Boy with Disability to Draw dans Rebellissime
Girl helping boy with disability while collaborating on drawing. Art supplies, colorful toys, and warm lighting create cheerful environment.

Une rentrée sans école : les chiffres parlent d’eux-mêmes

Sur le papier, comme sur Internet, tout est possible. Il existe bien un site pour aider et accompagner les familles d’enfant en situation de handicap. On peut y préparer la rentrée 2025 : mon parcours handicap. Mais en l’absence de données officielles sur les réalités méconnues et insuffisamment quantifiées de ces familles, le doute subsiste. L’Unapei a mené une enquête auprès de ses associations membres dans toute la France.

#JaiPasEcole : les chiffres d’une rentrée sans école

38 associations Unapei, cela représente 3603 enfants (3 à 16 ans) inscrits au sein de leurs établissements et dispositifs enfance.

Les chiffres d’une rentrée sans école adaptée

  • 13% n’ont aucune heure de scolarisation par semaine.
  • 38% ont entre 0 à 6 heures de scolarisation par semaine.
  • 30% ont entre 6 à 12 heures de scolarisation par semaine.
  • 19% ont plus de 12 heures de scolarisation par semaine.
  • En juillet 2025, 65% d’entre eux n’avaient pas de numéro INE. Ils restent donc invisibles pour l’Education nationale.

Une rentrée sur liste d’attente

30 associations répondent pour 1462 enfants de 3 à 16 ans scolarisés en milieu ordinaire

  • 38% d’entre eux ont une notification AESH.
  • Sur 551 enfants ayant une notification AESH : 27% ont cette notification par défaut, en attendant unmode de scolarisation adapté (IME, ULIS …).

Pas de chiffres officiels, c’est déplorable  ! 3603 enfants accompagnés par l’Unapei… C’est l’arbre qui cache la forêt. En effet, plus de 4 410 enfants sont inscrits sur les listes d’attente des 38 associations. Soit davantage que les 3 603 enfants actuellement accompagnés dans leurs établissements et dispositifs enfance.

Rebel 2025 Sonia AHEHEHINNOU vice présidente Unapei

#JaiPasEcole : interview de Sonia Ahehehinnou  vice présidente de l’Unapei

Rebellissime : Dans quelles mesures les nouvelles et futures restrictions budgétaires impactent les associations et donc les familles ? 

Les restrictions budgétaires aggravent des situations déjà intenables. Nous avons mené une enquête dans notre réseau auprès de 3603 enfants inscrits dans des établissements et services médico-sociaux. Les constats sont alarmants : 38% d’entre eux ont moins de 6 heures de scolarisation par semaine. Le nombre d’enfants inscrits sur les listes d’attente de ces établissements est supérieur au nombre d’enfants accueillis. 

A l’école ordinaire, des milliers d’enfants ne sont scolarisés que quelques heures par semaine, ne bénéficient pas de l’accompagnement humain dont ils ont besoin, ou restent privés des temps périscolaires … Pour les parents aussi, les retentissements sont nombreux. Les familles pallient elles-mêmes les manquements de la solidarité nationale, au prix de leur santé, de leur emploi et de leur vie sociale.

Faute de moyens humains, structurels et financier, et par manque de vision de long terme, des milliers d’enfants sont privés des mêmes droits que les autres. Ce sont autant de pertes de chances d’apprendre, de s’autonomiser et de construire son avenir. 

Quels sont les objectifs et les obligations envers les enfants porteurs de handicap, que la France ne respecte pas ? 

La loi de 2005, celle qui garantit le droit à l’éducation de chaque enfant, a fêté ses 20 ans cette année. Pourtant, en 2025, des milliers d’enfants en situation de handicap voient toujours leur droit à l’éducation bafoué. 

Dans les faits, l’accès à une scolarisation adaptée reste encore un parcours du combattant. Les droits qui existent sur le papier, ne sont toujours pas effectifs au quotidien. 

Les enfants en situation de handicap sont toujours confrontés aux manquements : manque de formation des professionnels ou d’accompagnement humain, inaccessibilité, listes d’attente … Il s’agit de la façon dont on organise le temps scolaire, c’est-à-dire les temps collectifs, pour permettre à chaque élève de participer pleinement à la vie de l’école, d’apprendre grâce à son environnement, de développer son autonomie et ainsi de grandir dans de bonnes conditions. 

Que vous répond la ministre déléguée chargée de l’autonomie et du handicap Charlotte Parmentier Lecocq ? 

Nous entendons les annonces : des chiffres positifs, il y en a. Près de 520 000 enfants en situation de handicap sont aujourd’hui scolarisés à l’école ordinaire. Mais derrière ces chiffres, combien de familles n’ont que des « bouts » de scolarisation ? Des modes de scolarisation qui ne répondent pas aux besoins de l’enfant ? Combien de familles restent sans aucune solution ? Les chiffres et les témoignages que nous recueillons chaque année avec #JaiPasEcole démontrent un écart immense entre les promesses et la réalité. 

Nous attendons des mesures concrètes pour garantir à chaque enfant une scolarité adaptée : la formation de l’ensemble des professionnels qui composent la communauté éducative, le recrutement d’enseignants spécialisés, une école accessible à tous, des services médico-sociaux renforcés … Cela ne pourra se faire qu’avec une coopération réelle entre l’Education nationale, les collectivités, le médico-social et les familles. 

Quelles sont les urgences de cette rentrée 2025 ? 

Les priorités sont sans équivoque :

• Faire du droit à l’éducation une réalité concrète pour chaque enfant, en assurant une scolarité véritablement adaptée, et non des solutions par défaut.

• Inscrire l’action dans la durée, pour garantir à chacun un parcours continu, sans rupture, de la petite enfance à l’âge adulte.

• Exiger des moyens enfin proportionnés aux besoins : investir massivement dans la formation, le recrutement et l’accompagnement humain de qualité.

• Mobiliser toutes les expertises et renforcer la coopération, pour que le médico-social, l’Éducation nationale et l’ensemble des acteurs unissent leurs forces en faveur d’une scolarisation inclusive et réussie pour tous

Question Rebellissime : qui est votre rebelle préféré(e) et pourquoi ? 

Nos rebelles préférés, ce sont les parents. Celles et ceux qui se battent au quotidien pour leur enfant accède aux mêmes droits que les autres.

Chaque rentrée scolaire est un exemple.  Chaque année, des milliers de parents se trouvent face à des portes fermées. Ils continuent pourtant à se battre pour que leur enfant puisse construire sa vie … et prouvent à tous que le vivre-ensemble doit devenir une réalité. Les apprentissages scolaires ne sont qu’une infime étape dans le parcours d’une vie : le vrai combat, c’est de garantir à chacun l’égalité des chances, pour construire un avenir digne et ouvert à tous. Il est impératif d’agir pour que chaque élève soit pleinement reconnu, accompagné et respecté, afin qu’aucune différence, aucune origine, aucune situation ne fasse obstacle à sa réussite et à ses aspirations.

Rentrée et handicap, on en parle….

A la lecture des chiffres communiqués par l’Unapei, en lisant les témoignages des familles, on peut se poser des questions.

L’école de la République est-elle vraiment celle de l’école pour tous ?

On n’a pas vraiment envie de tirer sur l’ambulance, attention ! En échangeant avec le personnel de l’éducation, on sent plutôt des personnes débordées et manquant de moyens. Ne pas accepter un élève en situation de handicap, l’ajouter à une liste d’attente… Ils sont tout de même rares à le faire de gaité de coeur, ou parce qu’ils n’aiment pas les enfants différents. Ces situations sont difficiles à vivre pour tous !

Nous avons sollicité le point de vu de notre ministre, Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre chargée de l’Autonomie et du Handicap. Mais nos questions restent sans retour… C’est dommage ! Cela va dans le sens du ressenti des familles des enseignants personnels accompagnants : pas de budget, pas de réponse !

#JaiPasEcoles… paroles, paroles et paroles du gouvernement

Direction donc, le site du ministère de l’éducation nationale, de la recherche et de l’enseignement supérieur. Et voilà ce que l’on peut lire sur la scolarisation des enfants en situation de handicap.

 » Le droit à l’éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est un droit fondamental. L’École inclusive vise à assurer une scolarisation de qualité pour tous les élèves de la maternelle au lycée par la prise en compte de leurs besoins partagés pour apprendre et des besoins spécifiques de certains d’entre eux ». Rassurés ? Oui, d’autant que la France est engagée depuis 2023 dans l’acte II de l’école inclusive. Le 26 avril 2023, lors de la  dernière Conférence nationale du handicap (CNH), le Président de la République présente le bilan des politiques engagées. Il dresse également  de nouvelles perspectives pour les trois prochaines années : améliorer la qualité des conditions de scolarisation des élèves en situation de handicap, leur suivi, l’accueil des familles, l’articulation entre l’École et le médico-social, comme la formation des professionnels.

Les chiffres de la rentrée inclusive 2024

  • Plus de 519 039 élèves en situation de handicap scolarisés dans les établissements scolaires, soit 4,36% du total des élèves en école ou établissements scolaire
  • Plus de 3000 accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) recrutés à la rentrée 2024
  • Plus de 309 346 livrets de parcours inclusif ouverts

Rebel cute kids with special needs playing with developing toys while sitting at the desk in daycare center. Photo illustration article Unapei Rebellissime

#JaiPasEcole rentrée 2025 : droits bafoués et enfants privés d’avenir

« Des promesses, il y en a. Des chiffres positifs aussi – 519 039 en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire à la rentrée 2024. Mais derrière, combien n’ont que des “bouts” de scolarisation ? Combien sont en errance, ou sans solution du tout ? L’école inclusive ne doit pas devenir un dogme. Ce qui compte, c’est que chaque enfant ait le mode de scolarisation adapté à ses besoins réels – qu’elle soit en école ordinaire ou en établissement spécialisé. » explique Luc Gateau, président de l’Unapei.

#JaiPasEcole : Scolarisation inadaptée, témoignages de parents :

Ruptures de parcours, manque de solutions et de professionnels : les conséquences sont lourdes pour les enfants et familles.

Rentrée 2025, scolarisation à temps partiel

« Léo entre en 6ème avec seulement 9 heures de cours par semaine, en maths et en français. Il est curieux, vif, mais privé d’une vraie scolarité. Pas de place en ULIS. L’IME ? Pas adapté, et saturé lui aussi. A 11 ans, il est déjà harcelé. Ses droits existent sur le papier, mais dans la réalité, c’est à nous de combler les manques, en payant une éducatrice spécialisée. Comment construire son avenir ainsi ? »Clémentina, mère de Léo, 11 ans, porteur d’autisme et d’un trouble de l’attention avec hyperactivité (Haute-Savoie).

« Ma fille finit l’école à midi, sans cantine, sans AESH, alors qu’on s’était organisés pour qu’elle finisse à 15h. Nous travaillons, mon mari et moi, et nous ne pouvons pas la garder l’après-midi. Il n’y a pas de coordination entre les structures, et chaque retard, chaque liste d’attente, c’est une perte de chance pour nos enfants. »

Maman de Lamya, 12 ans, porteuse de trisomie 21 (Haut-Rhin).

« Après les difficultés de diagnostic, nous avons dû faire face aux difficultés liées à la scolarisation. Cette année, Diego était scolarisé en petite section de maternelle. Il ne peut pas être scolarisé sans AESH… mais elles n’étaient que deux pour accompagner six enfants autistes dans toute l’école. Diego n’a pu être scolarisé que cinq heures par semaine, faute de moyens humains et matériels, et malgré la volonté de la directrice de l’école. L’école n’est pas totalement adaptée pour lui. Les classes de 30 élèves, les néons vifs, tout cela reste difficilement supportable. Pour la rentrée 2025, Diego reste dans la même situation. Je me demande où ira mon fils à partir de la primaire ? Quelques écoles proposent des dispositifs ULIS, mais ce n’est pas forcément celle la plus proche qui nous sera proposée. Il y a aussi une UEE à 50 minutes de chez nous, ce n’est pas faisable… »

Laura, mère de Diego, 3 ans et porteur d’autisme (Haute-Savoie).

« Depuis la petite section, Corentin a eu 7 AESH différentes. En maternelle, il passait sa vie au couloir, notamment à cause des crises que personne ne souhaitait ou ne pouvait gérer. En février 2025, il a obtenu une place en IME. Nous l’attendions depuis 6 ans. Cette année, il allait à l’IME une fois par semaine. A la rentrée prochaine, il ira deux jours. Dans l’idéal, il faudrait qu’il y aille toute la semaine… La différence est flagrante. Je vois mon fils s’épanouir, développer des apprentissages, aller à la bibliothèque… »

Ludivine, mère de Corentin, 11 ans, porteur d’autisme et non verbal (Eure).

 « Gabrielle est autiste, épileptique, sans aucun mode de scolarisation pour sa rentrée en 6e. Pas d’ULIS, pas d’AESH, pas d’IME. On jongle entre intervenants à domicile et accueils associatifs. Ce n’est pas l’idéal, mais on n’a pas le choix. On s’accroche, pour qu’elle avance. » expliquent les parents de Gabrielle, 12 ans (Loire-Atlantique).

 

#JaiPasEcole, avec l’Unapei exigeons une effectivité des droits pour tous les enfants

« Malgré les promesses et ambitions du gouvernement, ces chiffres révèlent les limites d’un système en tension, où les suppressions de postes spécialisés, les difficultés de recrutement, la formation insuffisante des enseignants et des AESH, viennent contrer les objectifs affichés. L’inclusion des élèves en situation de handicap implique de connaître leurs besoins et de réunir les conditions nécessaires à leur accueil, notamment en termes d’accessibilité et de compensation, à l’école ou au sein de dispositifs spécialisés. » ajoute Luc Gateau.

Rentrée 2025 : rappelons leurs devoirs aux pouvoirs publics 

L’Unapei appelle les pouvoirs publics à :

  • Garantir une solution adaptée pour chaque enfant, pas une réponse par défaut.
  • Recruter et former plus de professionnels (enseignants, AESH).
  • Faciliter la participation des élèves en situation de handicap à tous les temps de l’école (cantine, récréation, activités péri et extrascolaires…).
  • Fournir le matériel adapté pour apprendre dans de bonnes conditions.
  • Rendre l’école accessible, dans le bâti comme la pédagogie.
  • Soutenir les établissements spécialisés, essentiels dans de nombreux parcours.
  • Renforcer la coopération école – médico-social – familles.