Politique : Steevy Gustave, les valeurs hip-hop à l’Assemblée nationale


Avec Steevy Gustave député Ecologiste et Social à l’Assemblée Nationale, les valeurs du hip hop entrent en politique. « Peace, love, unity and having fun »… La révolution politique sera-t-elle hip hop ? Paix, amour, unité entre les peuples et s’amuser, quel programme, hein ? On y ajouterait bien, harmonie, respect d’autrui, sauver la planète. Au regard de la violence du débat politique et médiatique, c’est tentant, non ? Au risque de perdre tous les haineux. Et bien qu’à cela ne tienne, à travers cette interview de Steevy Gustave, il est question de politique, de hip hop mais surtout de vraies valeurs humaines. Celles desquelles les médias, aux mains des plus grands groupes financiers, s’évertuent à détourner l’attention de l’opinion publique.
Notre environnement politique est tellement décalé de la réalité. Menaces de guerre. Pouvoir d’achat en berne. Empoisonnement des sols. Suprématie des égos. Glorification de l’argent…On se croirait dans un mauvais film de science-fiction. Et dans le rôle des fous, des derniers rebelles qui vivent cachés, y’a nous ! Ceux qui passent pour des Bisounours parce qu’ils croient que le progrès de l’humanité, l’évolution, c’est vivre en paix, ensemble dans le respect de la planète et des êtres humains. Alors, chers fous rebelles savourez cet interview, elle est pour vous !
Steevy Gustave, député de la 3e circonscription de l’Essonne, incarne une figure singulière de la politique française. Alors qu’il fête ses 55 ans, son parcours, riche et atypique, mêle engagement artistique, associatif et politique. Ce pionnier du hip hop porte haut les valeurs de diversité, d’égalité et de justice sociale, tout en restant profondément enraciné dans sa commune de Brétigny-sur-Orge (91, Essonne). Hip hop, politique ? Mais comment Steevy Gustave en est-il arrivé là ?

Danseur, producteur artistique et homme politique Steevy Gustave est né le 5 février 1970 à Arpajon (91, Essonne). Au grès des affectations de son père militaire martiniquais, Il grandit au Tchad et à Djibouti avant de revenir en France. Au sein d’une fratrie de 5 enfants, Il n’a que 13 ans lorsqu’il devient Pupille de la nation au décès de son papa qui servait et protégeait la France. Passionné de danse, Steevy Gustave se lance très tôt dans le hip-hop et dans la politique. Textes engagés sur des sons et des rythmes sans précédents. Le jeune garçon fait partie de cette jeunesse captivée par ce mouvement. Plus encore, il fait partie de ceux qui ont construit et développé le hip hop France.
Il faut se rendre compte de ce qu’est le hip hop au début des années 80 en France. Encore confidentiel, musiciens, rappeurs, graffeurs, danseurs bricolent avec ce qu’ils ont. Passionnés par cette musique, ils sont aussi fiers de leurs valeurs et avancent ensemble pour un monde éveillé, conscient et meilleur. Bien plus qu’une musique de jeunes ! Aujourd’hui, forcés de constater que le hip hop a façonné et transformé nombreux univers. Art, mode, style musicaux, langage, technologie, divertissement, politique, éducation…. la planète entière est sous influence hip hop ! La politique et les médias n’y échappent pas. Même s’il reste de bon ton pour certains de ne pas le reconnaître, de l’ignorer et de sans cesse dénigrer et minimiser l’impact de cette culture urbaine.
Hip hop dans l’âme, hip hop dans l’esprit » (Dontcha, Dans l’esprit, 1999), Steevy s’engage en politique en 1995, malgré de nombreuses attaques racistes. Attaques qui perdurent à son arrivée à l’Assemblée Nationale avec les propos tenus sur ces dreadlocks qu’il porte fièrement et sagement, tout en longueur sur son costume bleu. Adjoint au maire de Brétigny-sur-Orge de 2008 à 2014, Steevy a également travaillé au cabinet de Christiane Taubira en 2015. Il y oeuvre, entre autre pour l’accès à la culture des détenus. En 2024, il est élu député de la troisième circonscription de l’Essonne.
Son parcours est marqué par son engagement contre les discriminations et pour la justice sociale, ainsi que par son amour pour l’art et la culture. Il mène aujourd’hui de nombreux combats aux côtés des écologistes, des ultramarins durement touchés par le chlordécone, la hausse des prix, l’indifférence politique, ainsi qu’aux côtés des élus et familles des quartiers en difficultés délaissés également par les politiques. 
Avant de devenir député, Steevy Gustave s’est illustré comme danseur et chorégraphe de hip-hop. Dans les années 1980, alors que cette culture émerge en France, il trouve dans la danse un exutoire et un moyen d’expression. Avec Makha Diabira, l’éditeur de presse, de Rebellissime, Steevy fait notamment parti du groupe de danse Atomic Breakers, pionnier du mouvement hip hop. Participant au championnat d’Europe de hip-hop en 1989, il marque la scène artistique par son talent et son engagement. Pour lui, le hip-hop n’est pas qu’un art, c’est un vecteur de valeurs : paix, unité, respect et dépassement de soi. Steevy s’engage depuis toujours contre le racisme et pour la justice sociale. Il a également été un acteur clé de SOS Racisme. Il y combat les discriminations et promeut l’égalité des chances. Ses principes, il les a transmis à travers son association culturelle à Brétigny-sur-Orge, où il inspire de nombreux jeunes.

Brétigny-sur-Orge n’est pas seulement sa ville, c’est le cœur de son engagement. Steevy Gustave y a mené des initiatives pour renforcer le tissu social, valoriser les cultures urbaines et défendre les services publics. Malgré les obstacles, y compris des attaques racistes, il reste tout de même fidèle à ses convictions et à sa communauté. Et cela est assez rare pour qu’on le souligne.
Élu député en 2024, Steevy Gustave siège à la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Il y défend une vision inclusive de la République, où chaque citoyen, quelle que soit son origine, a sa place. Il milite pour la protection de l’environnement, les droits des ultramarins, l’emploi des jeunes et la lutte contre le racisme. Face à la montée du Rassemblement national et aux silences du gouvernement sur certaines injustices, il se positionne comme un rempart, une voix forte et authentique.
On se souvient que l’arrivée à l’Assemblée Nationale du député écologiste et social, Steevy Gustave a suscité de vives réactions. Uniquement axées sur son physique et particulièrement ses cheveux.Laissons Steevy nous raconter leur histoire

« En 1999, quand je pars au Sénégal avec France Gall pour sa tournée, c’est un tournant de ma vie qui va se jouer. Après 15 ans dédiés à la danse, je vais devenir producteur, et cela coïncide avec le début de mes locks, c’est vrai ! En arrivant au Sénégal, j’avais un super afro. Les Rastas, Baye Fall ont voulu me faire des vanilles (tresses avec deux mèches). Ils ont enduit mes longs cheveux d’huile de carapate (ricin noir) . Et pendant 15 jours, je n’ai pas démêlé mes cheveux. C’est ainsi que sont nées mes dreadlocks. Elles ont poussé rapidement. Je les ai jamais coupées depuis ! Je les entretiens… et c’est même ma carte de visite.
Bizarrement, mes différentes coiffures : boule à zéro, highttop, afro… n’ont jamais été un sujet quand j’étais danseur et dans l’univers de la danse et de la musique hip hop. ça l’est devenu à mon arrivée en politique. Je vois cela comme un avantage, dans le sens où mes locks attirent l’attention, intriguent et véhiculent des préjugés. Locksés, donc fumeur de joint ? Mais, non je ne fume pas, je ne bois pas et je n’ai rien contre la police ! Et plus, on les assimile à la délinquance, plus cela renforce ma détermination à les conserver. Parce que ces locks c’est moi, je ne me trahirais jamais. Je reste moi-même !
Mes dreadlocks qui tombent sur mon costume luttent contre les clichés du type Arabes= voleurs, Noirs = danseurs, locksé = fumeur de joints. Parce que bien obligés de travailler, d’échanger avec moi, ces gens plein de préjugés se rendent compte qu’ils ont à faire avec un homme politique , élu de la nation, avant tout ! Je ne cherche pas non plus à leur prouver quoi que ce soit. Mon parcours politique n’est pas un fake. Si cela peut faire évoluer les mentalités, prouver aux jeunes générations que c’est possible, j’aurai servi à cela !
Mais ce n’est pas le but. Je garde et entretiens mes locks depuis 1999 parce que c’est moi ! Sur le plan de ma carrière de danseurs, mes dreads marquent aussi la fin de la danse mon passage à la production. C’est vrai qu’on tourne moins bien sur la tête avec des locks ! (rires). Danseur, producteur artistique, homme politique, je garde mon âme d’artiste et mes convictions.
Dans un paysage politique souvent critiqué pour son manque de diversité, Steevy Gustave apporte une perspective unique. Son parcours, qui mêle résilience personnelle, engagement artistique et combat politique, est un exemple de ce que la République peut et doit être : un espace où chacun peut contribuer à la construction d’un avenir plus juste et durable. Steevy Gustave n’est pas seulement un élu, il est un symbole. Celui d’une France plurielle, engagée et résolument tournée vers l’avenir. Hip hop for ever !

