Karité, l'arbre qui gagne à être connu

Le karité est encore trop méconnu en France, pourtant tous ceux qui l'essaient sont unanimes et ne peuvent plus s'en passer. Quels sont les secrets de cet arbre africain au fruit magique ? 

J'ai découvert le beurre de karité avec mon chéri. Il utilisait celui que sa maman rapporte ou fait venir du Mali. Rien ne pouvait mieux hydrater sa peau sèche.  Je me disais que, comme tous les garçons, il ne connaissait pas l'étendue des produits cosmétiques hydratants mis à notre disposition, à nous les filles. Je lui ai donc filé les miens : laits, crèmes, huiles... Forcée de constater qu'il avait raison. Le karité les battait tous par K.O. Quand nous avons eu notre enfant, les femmes de ma belle famille, m'ont montré comment masser notre fils avec... du beurre de karité. Alors cette odeur si particulière, cette texture dure qui fond sous les paumes me ramènent immanquablement à mes deux amours. Aujourd'hui encore, nous utilisons le karité de belle-maman : hydratation du papa, du fils, grands dessèchements cutanés de maman,  massages...  Nous avons bien essayé de nous en procurer dans les commerces. Il n'y a qu'en magasin bio que nous en trouvons du pur, mais en trop petites doses ! Et puis, un jour de printemps 2015, que vois-je ? Dans les rayons des grandes surfaces, les produits à base de  karité apparaissent ! Youpi ! Mais un youpi de très courte durée alors. Même pas le temps de faire une petite danse de la joie. Parce que l'expression "à base de" prend toute sa signification : en doses infinitésimales ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? C'est vraiment trop injuste !

 

 

Pour répondre à ces interrogations et percer le mystère du karité ignoré, voici nos interlocutrices : 

Carole Tawena

Fondatrice des cosmétiques Karethic. Depuis plus de 10 ans, elle oeuvre au quotidien pour faire connaître le baume sacré des femmes africaines : le beurre de karité Grand Cru d'Afrique, de première qualité, vierge (non raffiné) 


Hatoupouné Keita

Maman de deux enfants de 10 et 8 ans, Hatoupouné est née au Mali et vit en France depuis une dizaine d'années. Elle a ouvert la boutique de cosmétiques et salon de coiffure afro à Neuilly-sur-Marne, Bama Fashion Shop.


Mah-Kassia Doumbia

Etudiante, elle est agée de 20 ans. Elle se revendique comme Nappy,  le nom francophone désignant le natural hair movement apparu aux Etats-Unis dans les années 2000. Les Nappy regroupent les femmes noires qui souhaitent conserver  et préserver leurs cheveux naturels.


Karité, l'arbre sacré

Le karité est non seulement un arbre sacré, mais également l’arbre de la femme. Comme nous l'explique Carole Tawena, fondatrice des cosmétiques Karethic. "Il existe plusieurs rituels initiatiques traditionnels qui lient l’arbre de karité à la femme. Le plus connu étant le massage au beurre de karité après l’accouchement pour débarrasser le corps de la mère et de l’enfant des énergies négatives liées à la douleur. L’on sait moins par exemple que pour que la grossesse se passe au mieux, une offrande de karité doit être faite sous un arbre de type masculin. Le karité est une sorte d’onguent fétiche pour toute femme africaine que ce soit pour protéger la peau, se soigner ou se nourrir. Il est présent à chaque étape de la vie et crée un lien durable entre une mère et ses enfants". Afin de raviver à nos mémoires ces rituels mais aussi l'histoire qui lie l'Afrique, les femmes et le karité, Karethic travaille sur des coffrets consacrés à quelques héroïnes et reines d’Afrique. "L’un d’entre eux raconte l’histoire de Sogoloun Kedjou, la mère de Soundiata Keita, fondateur de l’empire Mandingue (Empire du Mali) né avec un handicap physique. Avant de mourir, Sogoloun Kedjou donna à son fils trois formules secrètes à réciter sous un arbre de karité pour connaître son destin. Elle lui indiqua qu’en mangeant les fruits tombés de l’arbre de karité, Soundiata Keita deviendrait l’un des rois les plus puissants et respectés d’Afrique de l’Ouest et c’est ce qui se réalisa.  L’histoire retiendra les exploits de Soundiata Keita mais l’héroïne dans cette histoire que je vous invite à lire dans le bel ouvrage de Sylvia Serbin, (Reines d'Afrique et héroïnes de la diaspora noire aux Editions Sépia)  fut bel et bien sa mère Sogoloun Kedjou".  La démarche de Carole Tawena a quelque chose de sacré, elle aussi. Sacré encore, l'étymologie du mot karité. En soninké : ka (prononcé rha) renvoie au divin solaire, et itté signifie à la fois arbre et médicament. Qui sont les Soninké ? Un peuple et une langue d'Afrique de l'Ouest (Empire du Wagadou dit Ghana) mais aussi et surtout les descendants directs des pharaons d'Egypte ancienne. Parole de Soninké !

Karité, l'arbre au fruit magique

L'arbre de karité pousse uniquement à l'état sauvage. On en trouve dans les savanes arborées de 17 pays africains. Il peut atteindre 12 mètres de haut et son pied peut mesurer jusqu'à 2 mètres de  largeur. Il peut vivre plusieurs siècles. Bref, il en impose. Sans compter son petit côté écolo puisqu'il offre un habitat et des nutriments aux espèces animales utiles disséminatrices et pollinisatrices. Son système racinaire en fait un arbre résistant à la sécheresse. Il prévient l’érosion des sols, favorise l’association avec d’autres cultures vivrières telles que l’igname, le mil ou le sorgho. C'est un arbre intelligent !

L'arbre de karité donne des fruits charnus qui ressemblent un peu à des avocats. Ces fruits ont une pulpe sucrée et comestible qui entoure une noix centrale. C'est en pressant cette noix, ou amande, que l'on obtient le beurre de karité. En moyenne, un arbre peut produire 20 kilos de ce beurre précieux. Pour Carole Tawena, «Il existe une vraie symbolique entre l’arbre de karité et la femme. Tout comme une mère, l’arbre de karité donne vie naturellement.  Ses précieux fruits ne doivent pas être cueillis mais ramassés une fois tombés de l’arbre, mûrs et gorgés d’huile et de vitamines. En puisant toutes ses richesses dans un sol vierge d’intrants chimiques, l’arbre vivra plus de trois siècles, et contribuera à nourrir et soigner plusieurs générations». 

La sorte de grosse amande blanche qui se trouve au centre du fruit est naturellement grasse. Une fois transformée, elle donne une pâte un peu jaune que l'on appelle beurre de karité. On dit aussi shea butter, shitulu. Il peut s'utiliser directement sous forme de pâte ou bien se mélanger à des huiles, des crèmes... Pour l'utiliser en pâte, il faut bien comprendre que celle-ci est dure. Il faut donc en prendre un peu dans le creux de sa main et le faire fondre en frottant énergiquement entre les paumes. On obtient une sorte d'huile. Hé, ho ! Les p'tites malines, laisser le pot sur le radiateur ou le passer au micro-ondes n'est pas une bonne idée. Imaginez que depuis le temps que les femmes l'utilisent, si elles avaient pu le transformer en huile direct, elles l'auraient fait. Alors on frotte ! Non, mais ho ! Un micro-ondes, sur du karité naturel, pur et bio... vandales !


Richissime 

Le beurre de karité est un beurre végétal qui use de ses propriétés réparatrices pour assouplir la peau et l'hydrater en profondeur. Il est riche en vitamines A,D,E,F, en latex en insaponifable, en acides gras, notamment en Omégas 6 et 9, acide stéarique et palmitique... Riche, on vous dit ! Et c'est pour cela que le karité peut agir en profondeur. Ses propriétés en font un véritable régénérant cutané, capable de revitaliser les tissus et de redonner de l'elasticité à la peau. Grâce à la présence de karitène, de vitamine A et des alcools terpéniques qui absorbent une partie des rayons UV et renforcent l’activité des filtres solaires, le karité protège la peau contre les méfaits du soleil. Le latex qu'il contient prévient les allergies au soleil et prolonge le bronzage. 

Les phytostérols, alpha et beta amyrine contenus dans le karité expliquent son action anti-inflammatoire et sa faculté à apaiser les irritations. Quant aux alcools terpéniques (lupéol, parkéol) et aux phytostérols, ils permettent au karité d'aider à la cicatrisation.

Très fondant, le véritable beurre de karité contient davantage d’acide gras essentiels. Il pénètre rapidement la peau et renforce sa protection tout en réduisant la perte d’humidité. Doté des mêmes propriétés que le sébum, le beurre de karité favorise une autorégulation de la peau. On résume, pour la peau : régénérant, cicatrisant, désinfectant, anti-inflammatoire, nourrissant, hydratant. Il est conseillé pour réparer et protéger les cheveux.  

Quant au miel de karité... Et oui, le karité donne aussi du miel.  Le miel de fleur de karité, donc, est antioxydant et aseptisant. Et la poudre de coque de karité est exfoliante… Autant de richesses, ça pousse au crime. On va le dévaliser ! Se faire autant de bénéfices, c'est quasi indécent. ISF direct !

 

Réparations en tous genres

Il est l'ami des peaux sèches. Vous pouvez par exemple ajouter une noisette de beurre de karité à l'eau de votre bain. Sensation de détente et de bien-être garantie ! Même après le passage sous la douche, votre peau en garde les bienfaits hydratants. Le beurre de karité peut aussi s'utiliser en massages. Il s'avère très efficace pour décontracter les muscles, après une séance de sport, idéalement. En cas de courbatures, vous pouvez délicatement masser les bras et les cuisses. Les vertus hydratantes,  apaisantes et relaxantes peuvent aussi être appréciables après épilation. Soulagement ! "Le karité brut n’est pas une crème mais un soin intensif qui prévient les affections de la peau et fait le bonheur de peau souffrant de dermatites, psoriasis ou eczéma" souligne Carole Tawena.

Lors d'un régime ou d'une grossesse, l'application de beurre de karité sur les zones propices aux pertes et prises de poids, aide à prévenir l'apparition de vergetures. L'hiver, quand le froid agresse les mains, le beurre de karité vient à bout des gerçures. Il peut aussi calmer les nez irrités par les rhumes et les allergies. Il s'applique aussi sur les lèvres, comme un baume protecteur. L'été, ce sont les cheveux secs et ternes qui s'en emparent. Il est conseillé d'opérer l'application sur les cheveux, la veille du shampooing. Comme d'habitude, on fait fondre une noisette de beurre de karité en frottant énergiquement les mains et en recouvre les pointes ou carrément tous les cheveux asséchés. On laisse poser une vingtaine de minutes les cheveux emmitouflés dans un foulard ou mieux, une serviette chaude. On essuie et on laisse le karité qui a pénétré les cheveux agir toute la nuit, plus précisément être absorbé par la kératine des cheveux. Le lendemain, shampooing, à base de savon d'Alep si possible, pour faire disparaître le beurre de karité. On renouvelle l'opération autant de fois que nécessaire. Bye bye, l'effet paille ! Hummm, vos cheveux sont nourris, ils respirent le bonheur et vous disent merci !

Toutes ces indications ne distinguent pas les genres. Si le beurre de karité est très utilisé par les femmes, il ne boude pas les hommes. Le beurre de karité est utilisé pour les massages, dès la naissance. Cela n'a pas de raison de cesser ! Plus tard, les hommes peuvent l'utiliser comme après-rasage pour apaiser leur peau. Pour venir à bout de l'aspect huileux ou brillant, il suffit de passer une petite serviette humide.

Encore peu connu en France, en Afrique, les usages du karité sont multiples et ne se limitent pas à la cosmétique. Côté alimentation, l’huile de karité, utilisable pour la cuisson, prévient le mauvais cholestérol, son fruit est riche en vitamine A. Le miel de sa fleur, quant à lui, est riche en vitamines B... Le miel de fleur de karité est de couleur sombre. Sur la peau , il agit comme cicatrisant, aseptisant et antibactérien. Dans la bouche, son goût est sucré, son parfum fleuri avec des notes de cuir, de cannelle, de cacao."Il n’est en théorie pas disponible à la vente sur le marché Européen pour l’instant. Quelques sites d’e-commerce le proposent cependant mais il est fort probable que ce soit une arnaque ou un commerce irrégulier" précise Carole Tawena. Pour en déguster, il faudra attendre un peu en France que son projet Miel de Fleur de Karité voit le jour. A moins d'en déguster en Afrique, au Mali par exemple. Hatoupouné se souvient avoir goûté une délicieuse confiture de Karité. Et côté thérapeutique, les racines de l'arbre de karité exercent une action antidouleur et anti-cancer. Ses feuilles aident à réduire les ballonnements. Comment peut-on encore vivre sans avoir chacun son arbre dans son jardin ? Pourquoi, mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? 


Raffinage, attention danger !

Il s'agit des opérations chimiques ou physicochimiques par lesquelles on traite une substance, pour la purifier, ou un mélange, pour en séparer certaines substances ou composés. Dans le dico, ça a l'air sympa, tout propre. Mais dans la vraie vie, c'est un peu comme avec les huiles de cuisine. Même si on ne sait pas toujours précisément pourquoi, à choisir entre une huile d'olive raffinée ou non, on prend la seconde. Pourquoi ce serait différent en cosmétique ? La peau, les cheveux, sont des organes vivants, non ? Si nous devons les nourrir, autant le faire avec des aliments purs et de qualité. Le raffinage n'est pas synonyme de qualité. A l'état naturel, le beurre de karité peut se vanter de figurer parmi les plus riches en principes actifs. Pour le produire, il faut une certaine expérience, celle des femmes africaines. Sans vouloir leur jeter la pierre, mais tout de même, les industriels n'ont pas les mêmes priorités que les femmes qui produisent le beurre de karité. Ils n'ont pas non plus les mêmes priorités que nous, les utilisatrices. Non, ce qui compte pour eux, c'est d'acheter pas trop cher du karité de moins bonne qualité et de débarrasser celui-ci des composants indésirables du genre couleur, odeur et résidus. Après raffinage, à très haute température, et parfois même utilisation de solvants," les propriétés naturelles du karité sont réduites de 50 à 80%, voire totalement détruites en fonction du procédé de raffinage" déplore Carole Tawena.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, parce que nous ne le savons pas, que ce n'est dit par personne, et pas non plus noté sur les emballages, l'industrie agro-alimentaire consomme beaucoup de beurre de karité raffiné. Elle se moque que ce karité ai perdu la plupart de ses principes actifs. Ce qui l'intéresse c'est son excellente résistance à la chaleur. Il y a 20 ans les industriels du secteur cosmétique se sont tout naturellement (si je puis dire) tournés vers le karité raffiné. Si certains l'ont fait de bonne foi, attirés par les vertus du karité, aujourd'hui, on ne peut plus se mentir ! Le but, c'est d'acheter des amandes de karité le moins cher possible et de produire du beurre de karité en usines. La bonne nouvelle, c'est que si ce beurre de karité a perdu toutes ses propriétés et n'est plus d'aucune utilité, il n'est pas dangereux ! Ce qui est dangereux, en revanche, c'est que les consommatrices doutent des véritables vertus du karité en ayant accès uniquement à des qualités médiocres parce que raffinées. L'arnaque, c'est de nous présenter ce beurre raffiné comme partie du patrimoine africain. Ça fait pitié. Pitoyable également, de faire débuter l'histoire du karité avec l'ère industrielle alors que l'arbre de karité est millénaire. Quel manque de respect ! 

On l'achète où ?

En grande surface, le beurre de karité est rarement proposé pur. Dans les magasins bio, vous avez plus de chance. Sur internet, nombreux vous proposent du beurre de karité pur, mais comment les croire...

Comme nous le précise Hatoupouné "les normes n'imposent pas de  mentionner le pourcentage de karité. L'indice est que les premiers ingrédients de la liste sont ceux le plus contenus par le produit". Dans sa boutique les clientes achètent " Du karité brut conditionné sous forme de bocal pour un usage capillaire ou dermique. Nous vendons aussi des produits à base de karité de l'industrie cosmétique" précise Hatoupouné. Elle déplore encore l'absence de réglementation concernant le karité. "On conseille à nos clients, les produits au karité des grandes marques de cosmétiques industrielles. Mais celles-ci ne sont pas obligées de préciser le pourcentage de karité contenu dans leurs produits. Il y a donc de fortes de chances qu'ils n'en contiennent pas beaucoup. Mais s'ils n'en contiennent pas beaucoup, ces produits bénéficient des forts moyens médiatiques de la cosmétique industrielle. A cause d'eux, le consommateur croit non seulement que ces produits contiennent beaucoup de beurre de karité, mais aussi qu'ils sont efficaces. En réalité, ils peuvent contenir moins de 10% de beurre de karité. Il n'y a aucune obligation légale en la matière". Hatoupouné est réaliste et ne craint pas de dire les choses. Elle renseigne ses clients avec cette même honnêteté. "J'ai conscience de l'intérêt croissant pour le beurre de karité pur. Il suffit de prendre un bocal et de noter dessus shea butter pour que la demande grossisse. J'ai pour projet de commercialiser du pur beurre de karité, en connaissant ses modes de production, le faisant venir et le conditionnant moi-même. Je saurai ainsi exactement ce que je vends à ma clientèle ! " Dans sa boutique, Hatoupouné vend principalement la marque américaine Cantou. "parce qu'ils ont pris le parti du sans paraben, sans chimie... Cela on peut au moins le vérifier ! Quant au pourcentage de karité dans ces crèmes industrielles,  7% est généralement la norme. Selon un laboratoire que j'ai questionné sur le sujet, si vous avez 30%, c'est énorme". On est quand même loin du pur beurre de karité, non ? Pourquoi ? "C'est en effet paradoxal puisque le pur beurre de karité se conserve naturellement bien, étant anti-oxydant. On en trouve chez certains fournisseurs. Ce qui est surprenant, c'est que ce beurre de karité pur n'est pas plus cher que les produits de la cosmétique industrielle. Alors qu'il nécessite plus de soins, plus de travail, plus de temps." Bien triste constat. Celui de la non considération et rémunération des producteurs de karité pur. Heureusement, le karité est à la mode. Les consommateurs peuvent exiger le meilleur et la demande est réelle. "Les clientes en raffolent pour le mélanger dans les soins de cheveux concoctés maison. Surtout les Nappy (tendance pas de défrisage, pas de produits chimique) pour hydrater les cheveux afro. Elles veulent du pur, conditionné en bocal. Elles veulent savoir d'où provient le karité, qui le fabrique, comment il est conditionné..." Pour l'instant, les marques de l'industrie cosmétique profitent de l'absence de réglementation. Elles ne reculent devant rien. "Elles ne se contentent pas de dire que leurs produits sont "à base de karité", elles affirment même parfois "après-shampooing karité", sans avoir à mentionner le pourcentage de karité que cet après-shampooing contient ! La loi les oblige juste à citer tous les ingrédients". La vie est belle, quoi ! Les prix sont très variables, de 5 à 10 euros ou beaucoup plus les 100 ml. On peut comprendre que le prix augmente proportionnellement au pourcentage de beurre de karité qu'il contient. On peut comprendre qu'il tienne compte du travail des productrices. Mais ce n'est pas toujours le cas. Même en étant vigilant, on peut se faire piéger, pire acheter du karité raffiné, ou 7% de karité ! 

On le choisit comment ?

Actuellement, il n'existe aucune réglementation concernant le karité. Un karité raffiné peut se vendre sous l'appellation 100% pur beurre de karité, ou 100% naturel ou 100% bio. Argh! Comment faire ?  On ouvre le pot et on suit les conseils approfondis de Carole Tawena : "Trois éléments permettent d’identifier un bon beurre de karité, la couleur, l’odeur et la texture. Tout d’abord le karité pur naturel de bonne qualité n’est jamais blanc. Il est de couleur jaune à beige. Ensuite comme toute huile végétale, le karité naturel de bonne qualité a une odeur caractéristique, proche du cacao ou du café. Mais cette odeur ne doit jamais être ni repoussante ni persistante sur la peau. Un beurre de karité dont l’odeur est forte et désagréable a souvent été produit à partir d’amandes de karité moisies. L’industrie peut se satisfaire de ce beurre de karité car elle se débarrasse de l’odeur en le désodorisant. Certains revendeurs de karité avanceront que cette forte odeur indique qu’il s’agit au contraire du vrai beurre de karité. La réalité c’est que cette odeur désagréable est celle de la pauvreté et qu’on ne lutte pas contre la pauvreté en la désodorisant ou en s’y complaisant". Et Bim ! "Enfin la texture du karité est un moyen d’identifier sa qualité. Un beurre de karité naturel est solide mais fond au contact de la peau et est absorbé en quelques secondes car sa composition est similaire à celle du sébum". Nous voilà bien renseignées, prête à aller débusquer notre beurre de karité.

Elles mènent le combat

Merci les Tawena... Carole et Glwadys Tawena sont soeur et fondatrices de Karethic, une marque de cosmétique au karité. Alors que Glwadys vit au Bénin, Carole vit en France. Ces trentenaires nées au Bénin sont de véritables passionnées du karité. Il représente pour elles l’arbre de la femme dans la tradition africaine. Une passion portée par toute leur famille. Depuis 2005, suite à un mémoire de fin d’étude sur les stratégies de développement du commerce international du karité pour l’Afrique (Euromed Marseille) elles se sont engagées auprès des productrices de karité du Bénin pour les libérer du diktat des industriels et négociants. Les réponses de Carole aux questions de Rebellissime donne le ton et la mesure du respect et des ambitions que la famille Tawena nourrit pour le karité.

Rebellissime : Quelle différence entre le raffinage industriel et la transformation locale des amandes en beurre de karité ? 

Carole Tawena : "Le karité est au cœur de plusieurs rituels initiatiques traditionnels de bien-être, fertilité et protection. C’est un patrimoine que les marques qui utilisent du karité raffiné n’ont pas perçu au point d’en faire un ingrédient basique et bas de gamme. Le recours au raffinage industriel trompe le consommateur sur le caractère naturel du beurre, supprime le savoir-faire des femmes dans les étapes de production du beurre et pollue l’environnement.  La transformation locale permet aux productrices d’obtenir un revenu plus important, d’utiliser des techniques de production douces adaptées à leur environnement et de faire reconnaître leur savoir-faire car produire un beurre de karité de qualité est une question de dignité. Si vous vous trouvez face à un beurre de karité de mauvaise qualité ou raffiné, dîtes-vous que la dignité d’une femme a été bafouée et que le produit que vous avez entre les mains en est le résultat. Rien n’explique aujourd’hui le raffinage du karité si ce n’est une logique productiviste et la volonté de poursuivre l’exploitation des productrices.Nous travaillons actuellement avec 500 femmes aux Bénin mais des millions d’autres femmes ne peuvent pas travailler dans des conditions dignes et sont maintenues dans cet état par les négociants d’amandes et de beurre de karité car elles n’ont pas d’autres alternatives. Je peux comprendre que cette question de dignité soit le cadet des soucis des industriels qui ne manquent pas d’arguments pour justifier le recours au raffinage mais la transparence et l’information qu’exige aujourd’hui le consommateur devrait les pousser à avoir une démarche plus responsable en rémunérant mieux les productrices de karité et en leur permettant de travailler dignement". 

Rebellissime : Comment s'assurer du respect des femmes et des pays producteurs?

Carole Tawena : "Pour trouver un karité de bonne qualité produit dans la dignité, il faut se rendre dans le circuit spécialisé bio ou sélectif. Certains magasins bio que nous rencontrons sont tiraillés entre la volonté de proposer le véritable karité naturel des femmes africaines et ne pas le proposer du tout,pour ne pas être confrontés aux questions sur le karité, bio, certes mais raffiné, qu’ils ont longtemps proposé à leurs clients sans le savoir. Le fait est que grâce au web, le consommateur est parfois mieux informé que le conseiller clientèle, il est impossible de le tromper désormais. Mieux vaut donc jouer la carte de la transparence pour rester crédible. Quant à la qualité, nous avons suffisamment de recul  et de retour des utilisateurs pour affirmer que le karité brut, frais et de qualité est supérieur au karité raffiné (décoloré, désodorisé et débarrassé de ses acides gras qui réagissent à la chaleur) en terme d’efficacité, d’impact social et environnemental. C’est en cela qu’il mérite le qualitatif de grand cru". 

Rebellisime : Qu'en est-il, selon vous des produits vendus sur le web ?

Carole Tawena : "Attention aux prix pratiqués ! Certains revendeurs et utilisateurs ont tendance à penser que le karité brut étant produit par des femmes dans les villages africains, son prix devrait être naturellement plus bas. Or il faut une demi-journée de travail pour produire 1 kg de karité de qualité, de la créativité et du courage pour parer aux aléas des conditions de production. Suivre cette logique de bas prix, c’est nier et ignorer le génie, l’effort et le savoir-faire de ces femmes. Sans rejeter le progrès technique, nous considérons que le travail d’un être humain basé sur un savoir-faire constitue un patrimoine non délocalisable et a par conséquent plus de valeur qu’une machine".

 

 

 


 

Le karité de leur enfance

 

                            Hatoupouné Keita, boutique et salon afro Bama Fashion Shop

 

Rebellissime : Comment as-tu découvert le karité ? 

Hatoupouné : "J'ai grandi avec ! Ma mère m'en mettait sur le corps et les cheveux. Je la revois qui en mettait sur ses cheveux. Ce sont de bons souvenirs Je me souviens également qu'on l'utilisait pour cuisiner le tô (recette malienne à base de mil, de sorgho, de maïs et de manioc) qui se mange comme du riz. C'est comme une sorte du purée, et c'est encore meilleur cuisiné au beurre de karité ! Il y a aussi le fakou-ouï, un plat malien de mouton et de riz cuisiné avec du fakou, une plante que tu ne trouves pas en France, et du beurre de karité".  

Rebellissime : D'où venait ce karité ? 

Hatoupouné : "Nous l'achetions parce que l'arbre de karité ne poussait pas où nous habitions. Ma mère en faisait de la pommade. Elle faisait fondre le beurre de karité sur le feu, ajoutait quelques graines  pour parfumer. On utilisait cette pommade tout le temps". 

Rebellissime : Quelles sont les utilisations du karité qui te surprennent le plus ?  

Hatoupouné : "Mettre du beurre de karité, autour des narines, pour ne pas attraper de rhume ! Dès qu'il fait froid, que tu as un rhume ou que tu as le nez bouché, essaie, ça marche ! Contrairement au Vicks, ça ne pique pas, c'est doux sur la peau. Je me souviens aussi, quand j'avais mal au ventre, ma mère me donnait une boule de karité à manger. Ça marchait ! Quand les bébés ou les enfants sont constipés, c'est très efficace "!

 

Carole Tawena, fondatrice des cosmétiques Karethic

 

Rebellissime : Comment avez-vous découvert le karité ?

Carole Tawena : "Dès mon enfance au Bénin, je regardais ma mère s’appliquer des crèmes de luxe sur la peau en y ajoutant au préalable du beurre de karité brut. Quand je lui demandais pourquoi, elle me répondait invariablement, «au cas où». J’ai compris plus tard qu’elle ne souhaitait pas choisir entre le soin qu’elle jugeait le plus efficace pour préserver son capital beauté, le karité, et le plaisir apporté par ces produits de beauté de grandes marques prisées par les femmes africaines. Arrivée en France à l’âge de dix ans, j'ai vu ma mère poursuivre ce rituel qui devenait plus complexe à réaliser car le beurre de karité brut de qualité était difficile à trouver. Elle avait le choix entre un karité raffiné blanc et un karité brut d’une qualité et d’une odeur épouvantables emballé dans des sachets en plastique ou dans du papier journal". 

 

Rebellissime : Quelle histoire vous lie à lui ?

Carole Tawena : "Pour quelle raison ce beurre de karité de mon enfance, si précieux pour des millions de femmes africaines n’était disponible en France que sous une forme altérée ? Cette question m’a menée à choisir mon sujet de mémoire de fin d’étude sur les stratégies de développement du commerce international du karité et découvrir le fonctionnement de l’industrie du karité qui faisait systématiquement intervenir l’étape de raffinage dans le procédé de production du karité. Ce, par facilité, sans se soucier de l’impact culturel, environnemental et social de ce procédé.Le beurre de karité brut étant l’huile végétale la plus riche en principes actifs réparateurs, j’ai émis l’hypothèse qu’en parvenant à le proposer sous sa forme la plus qualitative et authentique au consommateur, l’impact économique, environnemental et social pour les femmes qui le produisent serait positif. J’ignorais à l’époque l’ampleur de la tâche "! 

 

 

Leur karité d'aujourd'hui

 

Rebellissime : utilise-tu toujours du beurre de karité ?

Hatoupouné : "Bien sûr ! Je masse mes fils avec depuis leur naissance ! J'ai pris l'habitude de ma mère. Je continue de partager ces moments de bien-être avec mes enfants. Ils ont eux aussi pris l'habitude ! Le soir, quand je masse mes deux garçons avec le beurre de karité, leur peau est toute douce, bien hydratée. Ça les détend et ça soulage les douleurs".

Rebellissime : Quel beurre de karité utilises-tu ? 

Hatoupouné : "J'utilise du pur beurre de karité que j'achète au Mali ou que je fais venir du Mali. Celui que l'on trouve en France risque d'être mélangé"

Rebellissime : Est-ce que les clientes de ta boutique aiment le karité ? 

Hatoupouné : "Beaucoup ! Elles recherchent de plus en plus de karité pur. Elles n'en trouvent pas ici. Dans la boutique, nous n'en avons pas toujours. Alors, souvent je rapporte à mes clientes mon propre beurre de karité ! C'est surprenant de voir que des personnes qui ont grandi ici, qui n'ont pas connu le beurre de karité dans leur enfance, sont aujourd'hui très demandeuses. Ces clients sont aussi de plus en plus exigeants sur la provenance et la pureté du beurre de karité qu'ils achètent". 

Rebellissime : Es-tu satisfaite du beurre de karité que tu utilise aujourd'hui ? 

Hatoupouné : "Oui parce que je le fais venir d'Afrique pour qu'il soit pur. Et non, parce que le vrai beurre de karité me manque au quotidien. Je ne peux pas en acheter en France. Je ne peux pas m'en servir autant que je le veux. Sinon, je n'achèterai plus aucune crème pour ma famille, ni pour le corps, ni pour les cheveux" !

 

 

Mah-Kassia Doumbia, 20 ans, étudiante, Nappy assumée

 

Rebellisime : C'est quoi les Nappy ? 

Mah-Kassia : "Des filles qui prônent le naturel, revendiquent d'être noires. Elles s'affirment plus. Elles sortent de leurs complexes et n'ont pas honte de leurs cheveux crépus. Il y a aussi le choix, au-delà d'être fière d'elles, le choix de n'utiliser que des produits naturels".

Rebellissime : Quand es-tu devenue Nappy ? 

Mah-Kassia : "Au lycée, j'ai décidé de ne plus défriser mes cheveux, c'était en 2012, j'avais 16 ans. C'est une tendance qui se développe de plus en plus chez les jeunes filles. Les Européennes ont suivi les Américaines".

Rebellissime : Est-ce que ce sont des stars qui ont ouvert la voie et créer ce mouvement Nappy ? 

Mah-Kassia : "Non pas spécialement. Mais c'est vrai que les stars se défrisent de moins en moins les cheveux. Comme nous, elles ont compris et mesurer tous les méfaits que cela entraîne. Sans compter ceux des cosmétiques industriels sur la peau ! C'est vrai qu'on voit plus de stars s'afficher avec leur cheveux crépus dans les médias, mais il reste encore une sorte de complexe de ces stars ou de frilosité des médias" !

Rebellissime : Comment sélectionnes-tu tes produits ?

Mah-Kassia : "J'achète principalement des marques américaines. Cependant, j'ai remarqué que leurs composant, même pour celles qui se disent naturelles ne le sont pas toujours à 100%. C'est pourquoi je privilégie les huiles. J'utilise du beurre de karité pur. Pour ma peau, je le mélange avec du lait des marques dont je te parlais. Je le mélange avec du lait aussi parce que j'ai entendu dire que le beurre de karité noircit la peau. Pour mes cheveux, je le mélange avec de l'huile de coco, de l'huile de carapate (très concentrée en ricin) et de l'huile d'argan pures. J'utilise principalement deux crèmes issues du mélange huile et beurre de karité. Je vais aussi essayer de mélanger le beurre de karité avec des huiles essentielles. Ainsi, j'aurai un doux parfum en prime ! Pour mes cheveux, je vais aussi essayer de mélanger le beurre de karité à de l'aloe vera. J'espère que cela préservera et renforcera mes cheveux parce que je fais un peu l'alopécie sur le devant". 

Rebellissime : Où achètes-tu ton beurre de karité ?

Mah-Kassia : Il vient du Mali. C'est du brut que ma grand-mère m'envoie. Comme je le mélange avec les huiles, je n'ai pas l'impression d'en consommer des kilos ! Mon pot (qui doit faire plus de 600 grammes), je l'ai depuis des mois. En plus, le karité se conserve très bien, donc c'est parfait.

 

Bien, après cette entrée en matière cosmétique, bien d'autres questions restent en suspend. Notamment celle de l'industrie, de la commercialisation de ce produit que l'on aimerait trouver un peu partout. Maintenant qu'on a bien compris qu'il est bon pour notre peau, qu'on peut le manger et même le boire, on aimerait bien pouvoir en acheter. A condition qu'il soit de bonne qualité et produit dans le respect des femmes et des pays producteurs. Rendez-vous très vite pour la suite de la saga Karité.

 

Hatoupouné Keita, Carole Tawena, Mah Kassia Doumbia et Virginie Legourd

 

A venir également notre shopping karité.

Rebellissime.

                                                                                                               22/03/2016



 

 Mentions Légales

 

rebellissime.com est edité par

Rebellissime SAS (capital : 1 €)

RCS : 820 279 792 

116, rue Diderot 94300 Vincennes

 

  Journaliste, rédactrice  : Virginie Legourd

 

  Directeur de la publication, Responsable Photos :

  Makha Diabira/ Manga remme

 

Rebellissime est hébergé par

Jimdo GmbH

Stresemannstr. 375

22761 Hamburg

Germany 

 Tel.: +49 40 - 8 22 44 997

Fax: +49 40 - 8 22 44 998

 


 

 

 

Rebellissime est un magazine revu et corrigé juste ce qu'il faut pour être interculturel, s'ouvrir aux débats, et à de multiples visions du monde...

Contacter Rebellissime :  

contact@rebellissime.com

rebellissimelacom@gmail.com 

Tél. : 06.12.03.68.49

Numéro CPPAP : 0718W93150

REBELLISSIME EST MEMBRE DU SYNDICAT DE LA PRESSE INDEPENDANTE D'INFORMATION EN LIGNE.